Abstracts
Résumé
L’article interrogera le pouvoir heuristique et critique que revêt le concept de travail émotionnel. En quoi le travail émotionnel est-il un travail ? Requiert-il un effort conscient et une stratégie intentionnelle et rationnelle ? Quels problèmes émergent lorsque le travail émotionnel se déploie dans la sphère productive et au sein de rapports de coopération et de subordination ? Génère-t-il lui-même des émotions ? Et quels statuts et rôles attribuer aux émotions dans ces processus de transformation au travail et par le travail ? À une réflexion épistémologique, sera articulée dans un second temps une étude empirique réalisée dans le milieu universitaire qui montre, en dépit d’un déni défensif et d’une peur omniprésente, la diversité des émotions et leur rôle actif dans l’expérience du travail. Les émotions en viennent alors à opérer un travail de liaison et de résistance. En adoptant une définition relationnelle des émotions, on peut ainsi concevoir une forme de travail émotionnel non intentionnelle mais non moins cruciale pour façonner et comprendre le rapport au travail et les dynamiques professionnelles.
Mots-clés :
- travail émotionnel,
- expérience affective,
- travail,
- émotions,
- universitaires
Abstract
This article explores the heuristic and critical power that the concept of emotional labour holds. Is emotional labour a form of work? Does it require conscious effort and intentional, rational strategies? What issues arise when emotional labour takes place in the productive sphere and in cooperative and subordinate relationships? Does it generate emotions? And what statuses and roles should be attributed to emotions in these change processes occurring at and through work?
Following this epistemological reflection, an empirical study conducted in an academic environment was carried out that demonstrates, despite defensive denial and pervasive fear, the diversity of emotions and their active role in work. Emotions are seen to perform a connecting and resisting function. By adopting a relational definition of emotions, one can thus conceive of a form of emotional labour that, though unintentional, is nonetheless crucial for shaping and understanding work relationships and occupational dynamics.
Keywords:
- emotional labour,
- affective experience,
- work,
- emotions,
- academics
Resumen
El artículo explorará el poder heurístico y crítico que reviste el concepto de trabajo emocional. ¿Es el trabajo emocional una forma de trabajo? ¿Requiere de un esfuerzo consciente y de una estrategia intencional y racional? ¿Qué problemas surgen cuando el trabajo emocional se despliega en la esfera productiva y en el seno de relaciones de cooperación y de subordinación? ¿Genera él mismo las emociones? ¿Y qué estatus y roles atribuir a las emociones en estos procesos de transformación en el trabajo y a través del trabajo? A una reflexión epistemológica será articulado, en un segundo tiempo, un estudio empírico realizado en el ámbito académico que muestra, a pesar de una negación defensiva y un miedo omnipresente, la diversidad de las emociones y su papel activo en la experiencia del trabajo. Las emociones vienen entonces a realizar una función de enlace y de resistencia. Al adoptar una definición relacional de las emociones, podemos concebir una forma de trabajo emocional no intencional, pero no menos crucial, para dar forma y comprender la relación con el trabajo y las dinámicas profesionales.
Palabras clave:
- trabajo emocional,
- experiencia afectiva,
- trabajo,
- emociones,
- universitarios
Appendices
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