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Comptes rendus

Charles T. Wolfe et John Symons (dir.), The History and Philosophy of Materialism, Londres et New York : Routledge, 2025, 500 pages[Record]

  • François Pépin

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  • François Pépin Labex Comod et IHRIM (Lyon)

Cet ouvrage imposant se situe dans une collection revisitant l’histoire de la philosophie en se concentrant sur les sujets négligés et en visant une plus grande interdisciplinarité. Il était naturel qu’un livre sur le matérialisme trouve sa place dans un tel projet. Le matérialisme reste en effet un courant secondarisé de l’histoire de la philosophie, comme si les anciens combats qu’il a connus s’étaient prolongés d’une manière plus sourde par une forme de minimisation. Si l’on dispose d’un grand nombre d’études de qualité sur des périodes ou des auteurs importants, une histoire complète du matérialisme restait à produire, la dernière en date, celle de Lange, étant devenue davantage un document historique qu’une source fiable — le contexte de l’histoire de Lange est d’ailleurs bien mis en perspective par le chapitre sur la controverse allemande sur le matérialisme. On ne peut donc que saluer l’entreprise menée par les éditeurs et les auteurs de ce livre, dont il faut souligner l’envergure : trente-et-un chapitres, allant de l’Antiquité au xxie siècle, explorant des penseurs, des courants ou des champs variés. Les auteurs appartiennent à des horizons théoriques et culturels divers, ce qui donne une vraie envergure internationale et interdisciplinaire à l’ensemble. Insistons tout particulièrement sur l’ouverture de l’éventail historiographique qui ne se restreint pas à l’Occident et, pour ce dernier, explore aussi des périodes (le Moyen Âge), des courants (les Lumières allemandes) ou des auteurs (Freud) moins couramment associées au matérialisme. Une place est aussi faite aux critiques du matérialisme (Cudworth, Clarke, Berkeley), aux tendances matérialistes refoulées ou aux hantises d’adversaires déclarés du matérialisme (Malebranche, Cousin), ainsi qu’à des perspectives parallèles ou adjacentes (le statut de la matière en physique, le physicalisme contemporain, les études féministes). La réception d’un auteur est prise en charge, ce qui permet d’éclairer d’une nouvelle manière les pistes ouvertes (ou rendues involontairement possibles) par une doctrine (Aristote, Locke, Spinoza). L’ensemble forme un volume riche dont la lecture intéressera toute personne concernée par l’histoire de la philosophie. Les trente-et-un chapitres de l’ouvrage sont organisés chronologiquement. Chacun propose une synthèse de ce que j’appellerai une situation. Dans certains cas, il s’agit de faire le point sur un matérialiste classique (Épicure) ou une référence centrale pour le matérialisme (Aristote). Il peut aussi s’agir d’une période localisée (l’Allemagne des années 1840-1870, la pensée soviétique, les années 1960). Dans d’autres cas, il est question du matérialisme problématique ou refoulé d’un auteur (Gassendi, Malebranche). Plusieurs chapitres se penchent également sur une sphère culturelle (la pensée indienne ou chinoise, la culture nahua) ou une tradition philosophique ou scientifique (le physicalisme, la pensée évolutionniste). La plupart des chapitres suivent un format analogue : après une introduction déterminant l’objet traité et examinant son rapport au matérialisme, plusieurs sections proposent des analyses portant sur certaines questions, sur un débat interprétatif ou un corpus, pour finir par conclure en revenant à l’enjeu général. Tous comportent une courte bibliographie. Cette présentation est, d’une manière générale, efficace et permet à l’ouvrage de proposer des textes serrés, mais clairs. On regrette parfois que l’argumentation ne soit pas plus développée, mais le nombre de chapitres imposait certainement des restrictions. L’ouvrage se complète d’un index des noms et des concepts, très utile pour trouver une référence ou circuler d’un chapitre à l’autre. L’objet du livre est clairement le matérialisme, mais il m’a semblé qu’il oscillait parfois entre plusieurs options, ce qui a pu produire certains contrastes entre les chapitres. Le volume se présente d’abord comme un ouvrage d’histoire de la philosophie matérialiste. Plusieurs chapitres (sur la pensée arabo-musulmane, le Moyen Âge latin, Gassendi, Collins, la lecture marxiste russe de Spinoza, etc.) offrent sous …

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