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Comptes rendus

Enzo Godinot, La Nouvelle Académie, Paris : Hermann, 2025, 426 pages[Record]

  • Leo Mitchell

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  • Leo Mitchell Université de Montréal

Bien évidemment, il est impossible de faire fi de la participation des Stoïciens à l’histoire de l’Académie, qui a bel et bien formé son orientation sceptique (ou « éphectique », nous y reviendrons) en réaction au Portique. Cependant, l’insistance excessive sur ce rapport étroit avec le Portique les présente trop souvent comme une sorte de pendant négatif de celui-ci. En choisissant de se focaliser, dans son ouvrage sur l’Académie et son évolution, et en mettant par conséquent les écoles rivales au second plan, Godinot en réévalue l’importance et la place singulière qu’elle occupe dans l’histoire de la philosophie. Ce choix est une question d’angle d’interprétation et non de simple préférence. Il ouvre de nouvelles pistes de réflexion sur ces penseurs. Par cet angle, Godinot répond par l’affirmative à la première question qui se pose sur les Académiciens, à la différence de toutes les autres écoles : les Académiciens ont-ils une philosophie propre ou (pire encore) font-ils même de la philosophie ? Godinot poursuit ensuite la tâche de tout ouvrage général : exposer en quoi cette philosophie consiste. L’ouvrage s’inscrit dans une double lignée de commentateurs commencée au début du dernier siècle et qui continue jusqu’à ce jour : d’un côté, la lignée dite dialectique, initiée par Pierre Couissin, lequel affirme dans son article déterminant « Le stoïcisme de la Nouvelle Académie » (1929) que les successeurs de Platon auraient uniquement été des critiques du dogmatisme stoïcien et n’auraient pas proposé de philosophie propre, et de l’autre, celle de Victor Brochard, qui identifia en 1887, au sein de la philosophie académicienne, un premier mouvement critique du stoïcisme, suivi d’un deuxième, avec un contenu plus spécifique proposant le probable comme critère de l’action. Dans tous les cas, Godinot affirme que l’interprétation moderne a eu tort de lire les Académiciens sur le seul plan de l’épistémologie (p. 12). Godinot suivrait en un certain sens la ligne « brochardienne », mais avec des modifications importantes. L’ouvrage commence par remettre en question les fondements mêmes de l’interprétation courante selon laquelle le point de départ de l’Académie serait l’épistémologie, et plus précisément l’épochè (p. 11-12). Godinot commence par affirmer que l’Académie n’était pas une école « sceptique ». Ne nous trompons pas, les Académiciens furent longtemps des antidogmatiques. L’auteur entend par là que cet antidogmatisme ne se traduit pas par une épochè, premièrement, en tout lieu, et deuxièmement, dans le domaine épistémologique. L’épochè, le raisonnable et le probable ne servent pas à cerner le réel, mais à s’orienter dans les situations de la vie pratique (p. 12). Godinot justifie par là son refus de l’étiquette de « scepticisme » attribuée selon lui à tort aux Académiciens, du moins en termes épistémologiques, puisque ceux-ci n’auraient pas posé leurs problèmes sur le plan du savoir, mais dans le domaine de l’action. Refusant le terme « sceptique », réservé à l’épistémologie, l’auteur qualifie l’antidogmatisme académicien d’« éphectique », terme construit à partir du mot « épochè » (suspension de l’assentiment) et qui prétend cerner le sens pratique, non gnoséologique du concept de suspension. Que l’on accepte ou non ce néologisme, ce changement de perspective demeure le plus important. L’ouvrage traite de façon plus étendue cette idée déjà développée dans les autres travaux de Godinot, dans lesquels il redéfinit l’orientation pratique et non épistémique du critère chez les Académiciens. À quoi peut correspondre une suspension du jugement qui ne relève pas du domaine de la connaissance ? La réponse que propose l’ouvrage consiste à dire que l’épochè est une attitude pratique ne prétendant pas se fonder sur la nature même des choses. L’innovation académicienne …

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