La Société de philosophie du Québec (SPQ) a entrepris un devoir de mémoire en déposant, à la fin de l’été 2025, ses archives à l’Université de Montréal. Cette initiative permettra désormais aux chercheuses et aux chercheurs de consulter, au sein d’un fonds commun, les dossiers qui étaient déjà accessibles depuis 1980 à l’Université du Québec à Trois-Rivières, mais aussi près d’un millier de documents inédits qui ont été soigneusement conservés entre 1974 et 2012 par les responsables de la permanence de la Société. Ainsi, les archives de la SPQ rejoignent celles de la défunte Société de Philosophie de Montréal (SPM — 1933-1998), confiées à l’Université de Montréal en 1992, puis bonifiées en 2022. La portion nouvelle des archives de la SPQ constitue un riche témoignage des ambitions, mais aussi des soubresauts de la philosophie au Québec depuis cinquante ans. En plus des Bulletins produits par la Société pour communiquer avec ses membres, ces archives comprennent notamment les procès-verbaux des assemblées générales annuelles, des réunions du conseil d’administration et du bureau de direction de la SPQ, ainsi que les programmes et affiches de certains colloques. On y trouve également les documents de réflexion produits par le comité pour l’enseignement de la philosophie (CEPH) — et particulièrement ceux consacrés à l’approche de la philosophie pour enfants —, les documents témoignant des prises de position publiques de la Société, notamment pour s’opposer aux réformes gouvernementales récurrentes touchant l’enseignement de la philosophie au collégial, et une correspondance interne et externe révélatrice des initiatives et des tensions inhérentes à l’exercice de la philosophie dans la province. Une lecture d’ensemble de ces archives permet de relever trois éléments fondamentaux qui ont marqué l’histoire de la SPQ depuis sa fondation : la précarité persistante de l’organisation et, par extension, celle de la philosophie au Québec ; un esprit d’affirmation et d’engagement qui la définit par-delà certaines interventions sociales et politiques ponctuelles ; enfin, une collaboration soutenue avec diverses institutions de recherche et d’enseignement, tant locales qu’internationales, ainsi qu’avec différents acteurs de la société civile et des gouvernements. À la lecture des archives, ce sont d’abord les nombreuses fluctuations des adhésions à la SPQ et les difficultés à maintenir l’engagement des membres qui frappent l’esprit. En effet, chaque année, la capacité à générer de nouvelles inscriptions, mais aussi, tout simplement, à assurer le renouvellement de l’adhésion des membres déjà actifs suscite une inquiétude permanente et chronophage pour le conseil d’administration. Si, en 1975, un an après la fondation de la Société, le CA s’étonne que les adhésions aient grimpé de 40 % pour atteindre 220 membres, cette progression plafonne quatre ans plus tard, en 1980, avec 385 membres, et le CA manifeste alors ses premières inquiétudes, qui ne s’estomperont jamais complètement au cours des années à venir. Au tournant de la décennie suivante, la situation s’assombrit. En 1982, la SPQ compte 335 membres, et 92 autres n’ont pas renouvelé leur adhésion au moment du décompte. Dans un mot de début de mandat, rappelant « que l’on a la Société qu’on mérite », la Présidente Josiane Boulad-Ayoub évoque déjà l’éventualité d’un « essoufflement » et d’une « sclérose ». En 1983, la Société compte 350 membres et, en 1984, elle connaît une légère baisse, avec 322 membres. En 1985, le CA remarque que les effectifs sont relativement constants, mais qu’ils se composent de moins en moins de membres ordinaires et d’étudiant·e·s, et davantage de membres institutionnels, comme les universités et d’autres sociétés philosophiques. Faut-il croire que la SPQ gagne en crédibilité d’un point de vue institutionnel, ou plutôt qu’elle peine à susciter l’intérêt des personnes qui contribuent à la …
Nouveau dépôt d’archives de la Société de philosophie du Québec : une histoire sous le signe de la précarité, de l’engagement et de la collaboration[Record]
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Félix Tremblay Université de Montréal

