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Comptes rendus

Jean-Marie Chevalier, Peirce ou l’invention de l’épistémologie, Paris : Vrin, 2022, 312 pages[Record]

  • Jérôme Havenel

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  • Jérôme Havenel
    Collège Ahuntsic

L’ouvrage traite d’un aspect à la fois essentiel et déroutant de la philosophie de Peirce, à savoir sa conception des rapports entre la psychologie et la logique. La majorité des commentateurs soutient, avec raison, que Peirce a beaucoup insisté sur l’autonomie de la logique par rapport à la psychologie, et qu’il doit donc être considéré comme l’un des penseurs antipsychologistes, au même titre que Frege et Husserl. Et pourtant, comme le note l’auteur, Peirce semble soutenir, à la fois, des thèses antipsychologistes et psychologistes. Certains commentateurs — notamment Murray Murphey, dans son étude sur l’évolution de la pensée de Peirce — ont défendu la thèse selon laquelle Peirce utiliserait les termes « logique » et « psychologie » d’une manière fluctuante, de sorte que, chaque fois qu’il parle du rapport entre logique et psychologie, il faudrait enquêter sur le contexte pour déterminer dans quel sens précis et exact Peirce utilise les termes « logique » et « psychologie ». Une autre stratégie d’interprétation, par exemple chez Christopher Hookway, consiste à promouvoir — en général et chez Peirce en particulier — la fertilité de la tension créatrice entre la science et la métaphysique ou entre le naturalisme et le transcendantalisme. Mais notre auteur propose une alternative à ces deux solutions. L’esprit de laboratoire et les pratiques scientifiques et philosophiques du fondateur du pragmatisme (puis du pragmaticisme) ont conduit Peirce à réinventer le domaine de la philosophie correspondant aux divers modes de la connaissance, en faisant appel à une approche à la fois logique et psychologique pour rendre compte de la diversité et de la réalité des moyens d’enquête utilisés par les chercheurs et scientifiques : abduction, déduction, induction, mais aussi croyance. C’est l’origine et l’explication de la tension entre ces deux approches — logique et psychologique — qui sont souvent imbriquées dans la pratique de l’esprit qui cherche à connaître. Ainsi, l’auteur propose une solution originale et innovante pour résoudre la tension entre le psychologique et le logique, et pour comprendre comment Peirce expose la variété des modes de connaissance par une « double impulsion empirique et formelle » (p. 15), afin de comprendre « comment nos représentations peuvent-elles être vraies du monde extérieur » (p. 18). Sans doute inspiré par le grand livre de Murray G. Murphey, The Development of Peirce’s Philosophy, l’auteur a construit la table des matières de son ouvrage pour rendre compte minutieusement du développement de la philosophie de Peirce depuis sa jeunesse jusqu’à la fin de sa contribution philosophique, soit de 1857 à 1914, c’est-à-dire 57 ans de réflexions pour élaborer sa contribution à l’épistémologie. Étant donné l’oeuvre de Peirce et l’état de l’édition de ses écrits, un travail monastique est requis pour défricher les évolutions de l’oeuvre de Peirce, comme l’a fait Max H. Fisch au Peirce Edition Project d’Indianapolis, et comme Jean-Marie Chevalier l’a fait également lors de son séjour à Montréal au PEP UQÀM — Peirce Edition Project (UQÀM). L’érudition rigoureuse de l’auteur permet au lecteur de bien suivre les méandres de l’enquête. La première partie traite de la tentative de Peirce de « [fusionner les] épistémologies de Leibniz et de Kant » (p. 21) et de ses premiers écrits sémiotiques. Revenant en 1906 sur sa propre évolution intellectuelle, Peirce écrit : « L’auteur, en 1867, définissait la logique comme la science des lois formelles des relations des symboles à leurs objets. Mais une considération plus mûre de la nature des limites entre les différentes branches de la science l’a convaincu qu’il est préférable de voir la logique comme l’étude […] de tous les types de signes » (Essential Peirce 2.387, …

Appendices