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Comptes rendus

Sandrine Roux, L’empreinte cartésienne. L’interaction psychophysique, débats classiques et contemporains, Paris, Classiques Garnier, 2018, 438 pages[Record]

  • Vincent Darveau-St-Pierre

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  • Vincent Darveau-St-Pierre
    Université de Montréal
    École normale supérieure de Lyon

L’ouvrage de Sandrine Roux s’intéresse au caractère persistant des problèmes philosophiques fondamentaux soulevés par les théories dualistes classiques (depuis Descartes) relativement aux deux phénomènes d’interaction psychophysique que sont les mouvements volontaires et les sensations. Cette étude, conduite au travers de nombreux va-et-vient entre la tradition cartésienne et quelques philosophes contemporains, accorde à Descartes un double rôle. Il est premièrement celui qui a introduit l’explication des deux phénomènes susmentionnés comme relevant d’un seul et même problème. Mais il est plus fondamentalement encore celui dont le fond de la pensée demeure indépassable : solutions critiques et continuatrices, classiques et contemporaines, toutes malgré leurs origines cartésiennes sont dépeintes comme demeurant néanmoins en reste par rapport à ce que Descartes cherchait à préserver, c’est-à-dire le caractère irréductible de l’union psychophysique dont le « vrai homme » fait l’expérience intime. Mais l’objectif principal de S. Roux n’est pas de restituer la pensée de celui-ci et de corriger les seconds. Suivant une méthode « transhistorique », l’auteure veut surtout montrer que les débats classiques et contemporains sur l’interaction psychophysique sont traversés, depuis Descartes, d’inépuisables difficultés parallèles et qu’une solution cartésienne à ces difficultés est possible. Cette perspective explique pourquoi S. Roux est moins intéressée par la chronologie des arguments que par la « pertinence philosophique » des positions défendues par Descartes, Élisabeth, Arnauld, La Forge, Cordemoy, Geulincx et Malebranche, sans oublier Jaegwon Kim, Arthur C. Danto et Alvin I. Goldman, relativement à l’explication des « énigmes fondamentales » du mouvement volontaire et de la sensation. L’ouvrage se compose de trois parties, chacune consacrée à un problème distinct, respectivement celui de « la communication du mouvement », de « la connaissance du mouvement » et de « l’épreuve du mouvement ». Les deux premières concernent l’action volontaire, alors que la dernière est réservée à la question de la sensation. La première partie de l’ouvrage porte sur les problèmes causaux qui accompagnent les interprétations dualistes du problème de l’interaction psychophysique. S. Roux oppose d’abord deux façons de penser le problème cartésien de la communication du mouvement esprit-corps dans cette perspective. La première, qui sert de repoussoir, situe le problème sur le plan de l’hétérogénéité des substances spirituelles et corporelles : comment est-il possible de concevoir une efficacité causale de l’esprit (immatériel) sur le corps (matériel) et vice versa, puisque ces deux substances sont si radicalement disproportionnées ? Ce point de départ de la réflexion est le premier auquel Descartes dut répondre de son vivant. En revanche, souligne S. Roux, là ne semble pas avoir été, ni pour Descartes ni pour certains de ses successeurs immédiats (La Forge, Cordemoy), la source du véritable problème. Descartes considérait bien au contraire avoir levé cette difficulté en faisant de l’« union » une « notion primitive », première par rapport à la distinction des substances. S. Roux laisse de côté cette solution, et prend au sérieux le problème philosophique réel souligné par les objecteurs et critiques de Descartes. Et ici, comme dans le reste de l’ouvrage, ce crédit philosophique accordé aux critiques classiques s’ouvre sur une réactualisation. Les objections du philosophe américain Jaegwon Kim à l’endroit de la possibilité d’admettre l’existence d’une causalité mentale distincte de la causalité physique recoupe non seulement certaines objections posées à Descartes en son propre temps, mais permettent également de clarifier la nature du problème cartésien du dualisme. En distinguant trois conceptions différentes de la causalité (« productive/générative », « régulariste/nomologique » et « contrefactuelle »), les arguments causaux contre le dualisme développés par J. Kim montrent qu’on se trouvera toujours en défaut d’un principe légitime de sélection et de discrimination permettant de distinguer la …