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Recension

Grimaud, F. (2024). Enseignants, les nouveaux prolétaires. Le taylorisme en marche. ESF Sciences humaines[Record]

  • Isabelle Rioux

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  • Isabelle Rioux
    Université du Québec à Montréal

Dans l’ouvrage Enseignants, les nouveaux prolétaires. Le taylorisme en marche, Frédéric Grimaud soutient la thèse de la prolétarisation du métier enseignant, en s’appuyant sur le cas des écoles françaises. Face au constat d’une montée du mal-être des personnes enseignantes et de la précarisation du métier enseignant, l’auteur a voulu remonter aux racines du mal. Ce qui l’a amené à adopter, d’une part, une perspective analytique, inspirée des travaux de Karl Marx, et d’autre part, une perspective critique, adressée au taylorisme et à sa transposition contemporaine dans le secteur des services publics, connue sous le terme de New Public Management (NPM). L’ouvrage est divisé en cinq chapitres. Dans le premier chapitre, intitulé «Vers une organisation scientifique du travail des professeurs des écoles», l’auteur nous ramène à l’ère de la révolution industrielle et aux travaux de Taylor. Ce faisant, il fournit aux personnes lectrices une grille comparative qui sera mobilisée dans les autres sections de l’ouvrage. En effet, au fil de la lecture, de nombreux parallèles sont effectués entre les écrits de Taylor, datés d’il y a plus d’un siècle, et la situation actuelle du métier enseignant. Dans ce premier chapitre, l’auteur explique ensuite comment la taylorisation des services s’est imposée dans les écoles, via l’instauration de politiques publiques qui la préconisent. Il explique comment une certaine rationalité scientifique, issue des sciences naturelles et transposée aux sciences de l’éducation, est au service de l’idéologie de la «meilleure manière de faire », par la mise de l’avant de bonnes pratiques, au détriment de la prise en compte et de la reconnaissance des savoirs d’expérience des personnes enseignantes. Le deuxième chapitre est intitulé «Deux axes pour prolétariser le métier de l’intérieur». L’auteur présente tout d’abord l’axe de la précarisation. Précariser, c’est affaiblir. Un procédé largement répandu pour ce faire est l’augmentation de la charge de travail. Sur le plan humain, cette surcharge a des effets nocifs sur les personnes enseignantes, elle génère des risques psychosociaux (RSP), terme bien implanté dans les discours sociaux dans le secteur des services et de l’enseignement. Or, avance l’auteur, «l’approche de la santé des enseignants par le stress ou par les RPS va d’abord “psychologiser” le problème à outrance, conduisant à individualiser ses effets et ses causes» (p. 17). En fonction de cette logique individualisante, si la personne enseignante souffre, c’est qu’elle n’a pas su s’adapter. Le deuxième axe contribuant à la prolétarisation du métier enseignant est celui de la déqualification. Un premier procédé de déqualification passe par une augmentation de la prescription. Tylor avait compris que la verticalisation de la division du travail qu’il préconisait passait par une prescription descendante. La prescription est une alliée «de l’idéologie de la meilleure manière de faire», en effet, elle dicte ce qui correspondrait à la meilleure manière d’effectuer son travail. Pour s’assurer que la personne enseignante soit dans cette bonne voie, on évalue son activité. Désormais, ce qui est évalué, ce ne sont plus seulement les apprentissages des élèves, mais la conformité de l’activité de l’enseignant à enseigner de ladite bonne manière. Évaluer l’activité enseignante, donc, c’est aussi la contrôler. La profusion d’outils de gestion tels que les tableaux Excel à remplir non seulement ajoute à la charge de travail enseignant, mais contribue aussi à rendre le travail prescrit plus rigide. Un autre procédé – celui-là a été souligné par Marx – est de déposséder les personnes travailleuses de leurs outils de travail. Pour les personnes enseignantes, le choix des manuels scolaires et autre matériel didactique, ainsi que la manière de les utiliser, a pendant longtemps été au coeur de leur liberté pédagogique. Désormais, cette liberté d’utilisation des outils didactiques …

Appendices