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Introduction

Santé mentale et travail en milieu scolaire au Québec[Record]

  • Simon Viviers,
  • Mariève Pelletier and
  • Imane Lahrizi

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  • Simon Viviers
    Université Laval

  • Mariève Pelletier
    Université Laval

  • Imane Lahrizi
    Université Laval

La santé mentale au travail du personnel scolaire au Québec fait l’objet de vives préoccupations professionnelles, syndicales et scientifiques. Selon une étude récente de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), plus de la moitié du personnel des établissements d’enseignement publics du primaire et du secondaire présente un niveau élevé de détresse psychologique, une détresse en grande partie liée à une exposition à des risques psychosociaux du travail (RPS), tels que la charge de travail élevée et le manque de reconnaissance (Pelletier et al., 2025). Loin d’être un phénomène conjoncturel, cette détérioration s’inscrit dans une trajectoire historique documentée depuis le début des années 2000, où les enquêtes successives de santé publique révèlent une dégradation continue de la santé mentale du personnel scolaire (Vézina et al., 2011; Tissot et al., 2018; Camirand et al., 2023); celle-ci ne peut plus être considérée comme un enjeu individuel et périphérique, mais nécessite, sur les plans social et scientifique, une lecture structurelle, organisationnelle, voire politique. Depuis plusieurs années, le système scolaire québécois traverse une zone de fortes turbulences. Les transformations institutionnelles, organisationnelles et pédagogiques imposent aux établissements un régime d’instabilité qui recompose à la fois les rapports au travail, les modes de gestion et les conditions d’exercice. La multiplication des réformes et leur orientation axée sur une logique de nouvelle gestion publique suscitent un sentiment d’impuissance et de dépossession du métier chez le personnel enseignant (Laferrière et al., 2024). La mise en compétition des écoles, des profils au sein d’une même école, voire des enseignants entre eux, participe à une individualisation du rapport au travail dans un contexte où les espaces de discussion collective axée sur l’activité réelle se raréfient (Viviers et al., 2022). Les mécanismes de standardisation des pratiques et les mesures de performance entament l’autonomie professionnelle et affectent la reconnaissance perçue (Laferrière et al., 2024; Maroy, 2021). Les exigences accrues des parents suscitent des tensions conséquentes dans un contexte de développement d’un clientélisme scolaire (Levasseur et Wentzel, 2025). Ces transformations ne sont pas sans affecter le travail éducatif lui-même. L’alourdissement de la gestion de classe, la multiplication des tâches périphériques, la fragmentation des journées, la précarisation des ressources de soutien et le brouillage des rôles professionnels contribuent à accentuer la tension entre les missions éducatives et les exigences organisationnelles (Beauchemin, 2020; Ruaud, 2022; Maranda et al., 2014). Devant ces épreuves de professionnalité, on assiste à un cercle vicieux. Ces conditions de travail difficiles entraînent une intention de quitter, ce qui peut expliquer le phénomène de désertion professionnelle, comme le suggèrent deux enquêtes récentes menées par l’Institut national de santé publique (Pelletier et al., 2025) et l’Institut de la statistique du Québec (Bouquet et al., 2025). Elles participent également aux difficultés de recrutement de la main-d’oeuvre, qui touchent de manière significative le personnel enseignant (Beaudoin et al., 2024; Sirois et al., 2022), les éducatrices en services de garde scolaire (Montgomery, 2019), les directions d’établissement (Gravelle et al., 2023; Lapointe et al., 2021) ainsi que le personnel professionnel (Fédération des professionnelles et professionnels de l’éducation du Québec [FPPE-CSQ], 2023). La pénurie qui en découle se traduit par une surcharge de travail pour les personnes en poste, une instabilité des équipes-écoles, des démarches d’affectation parfois précipitées, l’embauche de personnel non qualifié, et une pression élevée sur la gestion quotidienne des établissements (Dupriez et al., 2023). Elle contribue par le fait même à l’intensification du travail, à une perte de sens et à la détérioration des conditions d’exercice de l’ensemble du personnel (Association québécoise des cadres scolaires [AQCS], 2023; FPPE-CSQ, 2023). Face à la montée des enjeux de santé mentale en milieu scolaire, les réponses institutionnelles …

Appendices