Abstracts
Mots-clés :
- astronomie,
- changelin,
- réalisme magique,
- rêves,
- science-fiction,
- solitude,
- suspense,
- technologie,
- temps cyclique,
- trou noir
Keywords:
- astronomy,
- black hole,
- Changeling,
- cyclic time,
- dreams,
- magic realism,
- sci-fi,
- technology
L’existence de Puam est inexplicable. Du moins, la science n’y arrive pas. Avant sa venue, seules les légendes oubliées avaient prévenu sa civilisation de sa possible apparition, mais il y a longtemps qu’on ne prête plus attention à ces fables anciennes. La première machine apparaît en l’an de grâce 1996. On pense qu’il s’agit de la première : impossible de savoir si l’Est a récupéré un spécimen avant. La seule certitude est qu’on ne recense rien sur le territoire qu’on contrôle avant cette date. L’engin déchire le ciel du Québec pour s’écraser au nord de Kaiashashkupat, à l’ouest de Fermont, et finit sa course au fond du Lac Épingle dans une pluie de roches et de vapeur. L’armée canadienne, complètement dépassée par l’événement, partage naturellement (et naïvement) le produit de sa pêche avec l’OTAN. On ne comprend rien aux explications nichées dans les replis de l’épave. On est à peu près certains qu’elles sont rédigées en anglais, mais cette variante contient des mots et des tournures de phrases inconnus, que les plus éminents linguistes qualifient autant d’évolués que de dégénérés. On explique à l’état-major que c’est comme si un ado avait intégré toutes les expressions possibles et imaginables qui apparaîtraient dans les prochains millénaires pour rédiger les protocoles de communication d’une NASA du futur. On a affaire à un langage inédit avec plusieurs mots espagnols, allemands, russes, et surtout, chinois. On est tout de même excités par la perspective de réussir une percée scientifique incompréhensible dans à peu près quatre mille ans. Il n’y a pas de doute, ce petit tas de ferraille est le nôtre : les matériaux sont d’ici, la langue aussi, aussi bâtarde soit-elle, et à quoi peut bien servir cette boulette de kératine de la grosseur d’une noisette ? L’engin est de la taille d’une prune. On l’emporte dans un centre de recherche souterrain et on l’étudie pendant quelques siècles avant de perdre sa trace parmi les multiples objets archivés dans les capharnaüms de l’armée américaine. Classé anonymement comme corps céleste pour conserver le secret sur sa découverte, on a tôt fait de l’oublier lorsqu’on a commencé à recevoir les premiers échantillons d’exoplanètes. Le Rapporteur responsable de la venue de Puam est doué. Malgré son jeune âge, il commence déjà à être utile. Quand on découvre Puam sous l’édredon, lors du relevé matinal de routine, on est stupéfait. On rassure le Rapporteur. Ce n’est qu’une poupée. Non, elle ne respire pas. Allez, habille-toi, le petit déjeuner est servi. Du bacon croustillant, comme tu l’aimes. On parle de découverte, et non de naissance, car Puam ne naît pas de manière traditionnelle. C'est un imprévu. Il n’a pas de parents. Un matin, le voilà couché à côté du Rapporteur. Même si ce dernier est le plus doué du Centre, son imagination a quand même fait de Puam un nourrisson gris et difforme. Son apparition est due à un gardien bien intentionné qui a mis un recueil de légendes scandinaves entre les mains de l’adolescent. Résultat : ce dernier a fait un cauchemar. Il a passé la nuit à tenter de réchauffer la créature bien qu’il la sache vouée à une mort certaine. Dans ce songe, Puam est un changelin froid et amorphe qu’on torturera jusqu’au retour d’un vrai petit garçon volé par les fées. Le gardien aurait dû lire quelques histoires de ce recueil qui n’a rien d’inoffensif avant de l’offrir au Rapporteur. Il avoue son erreur. Il est renvoyé. Comme tout élément rapporté, Puam est illico récupéré par les fonctionnaires. On se rend compte qu’il vit. On met beaucoup plus de temps à réaliser qu’il est lucide. …

