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Avant-propos

Rêver ensemble un espace pour l’étude et la célébration des récits célestes autochtones[Record]

  • Caroline Nepton Hotte and
  • Marie-Ève Bradette

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  • Caroline Nepton Hotte
    Université du Québec à Montréal

  • Marie-Ève Bradette
    Université Laval

Allongée en soirée sur la plage à Mashteuiatsh, ma communauté ilnue sur les rives du Pekuakami (Lac St-Jean), dans le Nord du Québec, j’aime admirer les étoiles dans le ciel, la Voie lactée, la lune, nukum, qui brille et nous éclaire si bien que, pour se déplacer, une lampe de poche devient superflue. Toute petite sous l’infinie, j’ai toujours pensé que nous avions sûrement nos récits immémoriaux sur la voûte céleste et les milliers de constellations qui ont éclairé nos Tshiashinnuat (ancêtres) avant la farine. Avions-nous des noms pour les constellations ? Lesquels ? Et si la Grande Ourse se nommait autrement ? Durant l’été 2021, j’ai commencé à me renseigner sur les récits et les noms des étoiles auprès de personnes aînées ilnues de ma communauté, sous forme de conversations informelles. Jacques Kurtness, qui se balade souvent près du lac, m’a rappelé l’histoire de Tshakapesh qui monta, monta le long d’une grande épinette jusqu’à la lune et attrapa le soleil à l’aide d’un collet de trappe, rapprochant les deux astres. Ce récit amusant m’a fait penser qu’il s’agissait, peut-être, d’une explication réconfortante d’une éclipse solaire. Convaincue qu’il devait y en avoir d’autres, j’ai poursuivi cette recherche pour mon propre plaisir. Or, quand ma collègue de l’Université Laval, Marie-Ève Bradette, m’a suggéré de diriger avec elle un dossier en littérature sur les mythes pour la revue MuseMedusa, je me suis dit que l’on pouvait sûrement en profiter pour répertorier davantage de récits, pour les partager avec d’autres Autochtones et afin que ces récits sur les connaissances célestes soient racontés à nouveau, qu’ils puissent vivre et assurer la continuité dans nos communautés. Il est vrai que l’invitation de la revue à diriger ce dossier, que j’ai ensuite soumise à ma collègue Caroline Nepton Hotte, ne venait pas avec une commande précise, un mythe ou un récit unique à partir duquel il s’agirait de penser. Il y avait plutôt une grande ouverture aux possibilités engendrées par les récits autochtones et leur relation aux pratiques artistiques et littéraires contemporaines. La proposition de Caroline d’envisager les mythes associés au ciel comme point de départ est néanmoins arrivée de manière assez étonnante. Si le territoire, dans ses aspects proprement telluriques, est omniprésent dans les arts et les littératures autochtones, que j’y ai moi-même consacré des travaux pour penser ce territoire, littéraire et physique, comme un espace épistémologique, je me suis demandé si le ciel, les astres, les étoiles étaient tout aussi présents dans les représentations littéraires autochtones contemporaines ou actuelles. En tant que femme québécoise, descendante de colons européens, les questions à propos des étoiles et des termes pour les décrire dans une langue autre que le français ne m’ont pas habitée étant enfant, du moins pas dans le souvenir que j’ai de cette époque, ni même jusqu’à tout récemment en fait. Est-ce que je regardais seulement le ciel ? Je n’en suis pas si certaine. Ayant grandi et toujours vécu en ville, à Tio’Tia:ke/Montréal, puis plus récemment à Québec, ce n’est pas le ciel réel, ni même un ancrage culturel qui me serait propre, qui allait donc me pousser vers cette réflexion à propos des mythes associés au monde céleste, mais bien la représentation littéraire de ce dernier. Si j’avais lu le mythe wendat de la création, celui que Louis-Karl Picard-Sioui, membre de la nation, raconte dans La femme venue du ciel (2011) – un récit partagé également avec les nations Haudenosonee et que l’artiste kanien’kehá:ka Skawennati adapte à une vision futuriste refusant le trope de l’apocalypse dans son machinima She Falls for Ages (2017) –, les recherches préliminaires réalisées afin de …

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