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CréationsCronos au fil du temps

Vivarium mimentomologique : une recherche-création sur les utopies dévorantes[Record]

  • Albertine Thunier and
  • Hubert Alain

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Comme le souligne Jussi Parikka dans Insect Media, les textes entomologiques depuis les premiers élans de cette science au début de l’ère moderne (XVIe et XVIIe siècle) jusqu’à leur prolifération dans les domaines des sciences de la bio-informatique au XXe siècle, donnent à voir des mondes de sensations, de perceptions, de mouvements, de stratagèmes et de motifs nouveaux. En leur qualité de théories médiatiques, ces textes s’immiscent entre les lignes des rhétoriques évolutionnistes darwinistes qui dominent la production des études biologiques depuis la fin du XIXe siècle. En effet, les entomologistes, amateur·ice·s comme artistes, entrevoient des mo(n)des de relations miniatures dans lesquels corps, espaces et affects interagissent selon des manières radicalement différentes. L’étude des insectes, dans les mots de Parikka : « have hailed the powers of insects as media in themselves, capable of weird affect worlds, strange sensations, and uncanny potentials that cannot immediately be pinpointed in terms of a register of known possibilities ». C’est interpellé·e·s par cette capacité à évader le monde du connu que nous nous sommes penché·e·s sur les esthétiques de la dévoration qui traversent des archives entomologiques. En effet, ces mondes d’insectes, d’affects et d’étranges potentialités, se caractérisent d’une contingence radicale. La mante religieuse par exemple, réputée pour le geste assidu de dévorer la tête de ses partenaires de reproduction sexuée figure une sexualité castratrice, empreinte d’un potentiel d’insurrection post-naturelle duquel émergerait des espaces dévorants. De leur côté, les phasmes imitent génétiquement la reproduction sexuée par la parthénogenèse, une forme de reproduction en pratique asexuée puisqu’elle se passe de l’intervention d’une fécondation étrangère. Globalement, les phasmes naissent clonés et passent leur vie à imiter. Inspiré·e·s par cette tension entre deux formes de gestuelles reproductives – l’ingestion entomophage des mantes et la parthénogenèse des phasmes – nous avons entrepris une recherche de potentialités dans diverses archives entomologiques. Nous cherchions à capter, dans ces gestuelles inhumaines imitant le cannibalisme, une certaine esthétique de la dévoration. Nous souhaitions dès le départ tirer de cette esthétique un potentiel utopique, des bribes de mondes inhumains qui se tendent, à la manière du queer chez Muñoz, vers des modes de reproductions et de relations non-hétérosexuelles et post-naturelles. Nous nous sommes donc tournés vers une démarche de recherche-création pour créer une utopie incarnée. Or cette démarche est rapidement devenue dévorante à son tour. Emporté·e·s par des élans mimentomologiques, un mot valise imaginaire qui désigne l’acte d’imiter librement le réel à partir du réemploi d’archives entomologiques et d’artefacts contemporains, nous nous sommes surpris·e·s à vouloir engloutir la tête des documents d’archives avec lesquels nous entrions en relation. Des anecdotes intimes, des intuitions méthodologiques, des déchirures de journaux ou d’heureux homonymes guidaient ainsi notre lecture et alimentaient notre échantillonnage. Puisque l’acte cannibale, comme les dévorations entomophages, est toujours un geste symbolique et incarné, notre démarche cherche à sortir de l’enclos typographique et littéraire pour donner à cette utopie une grammaire visuelle texturée et poétique. Seulement, cette libération ne peut s’opérer qu’au prix d’une nouvelle séquestration : pour créer une utopie incarnée, nous devons la contenir dans une simulation capsulaire. Un vivarium, glané par l’un de nous dans le débarras des objets oubliés de sa famille, une banale relique matérielle d’un régime hétéroreprocentriste banlieusard, nous permet de bricoler diverses scènes de dévoration mimentomologique. De scène en scène, nous tentons de figer des éclats microscopiques d’horizons utopiques saisis dans le vivarium. Ces éclats sont captés avec une caméra GoPro, effigie étrange des amateurs de sport extrême hétéros (alors que nous tentions pourtant de les chasser de cette figuration utopique). Au contraire, au sein du vivarium, nous cherchons à créer …

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