Abstracts
Mots-clés :
- cannibalisme,
- chant,
- conte,
- France,
- Limousin,
- oralité,
- Première Guerre mondiale
Keywords:
- cannibalism,
- First World War,
- France,
- Limousin,
- orality,
- song,
- tale
Le conte « Ma tante m’a tué, mon père m’a mangé » est une variante du conte type 720 « Ma mère m’a tué, mon père m’a mangé », appartenant à la catégorie des contes surnaturels selon la classification Aarne-Thompson. De toutes les versions répandues en Europe, les frères Grimm en livrèrent la version la plus célèbre, « Le conte du genévrier » dans Contes de l’enfance et du foyer (1812), qui met en scène le personnage de Marlène dans une histoire de résurrection élaborée à propos d’un arbre magique et d’une métamorphose en oiseau au chant envoûtant. Nous en présentons une variante française qui fut transmise dans la campagne limousine pendant des siècles. Elle a été enregistrée par Claire Caland au milieu des années 1990 afin de conserver une mémoire familiale vieille de cinq générations : sa grand-mère, Germaine Chapelle, la tenait de sa grand-mère, Maria Chevalier. La date de 1919 – soit un an après la Première Guerre mondiale – est précisée par Germaine Chapelle comme étant l’année de ses huit ans, lorsqu’elle a entendu l’histoire pour la première fois. Elle explique quelques contaminations dans le texte, comme la mention du « bidon », terme désignant le contenant dans lequel le soldat rangeait sa nourriture. De même, les termes « communale » et « lavandières », le prénom « Cathie », contextualisent le conte, l’ancrent dans le quotidien de l’époque – « lavandière » est aussi l’un des noms donnés à un petit oiseau (bergeronnette ou hochequeue gris, de la même famille que les pipits et la sentinelle). Quant à l’arbre, c’est une aubépine blanche (« arbre-pi » à l’orthographe incertaine), variante fréquente du genévrier dans le centre de la France. Ces précisions, qui ont permis l’adaptation du conte en Limousin, offrent un témoignage sur la réalité de l’époque et sur la mentalité populaire souvent perdue, car non écrite. En effet, « Ma tante m’a tué, mon père m’a mangé » est un conte transmis lors les veillées limousines : on se réunissait chez des voisins, se chauffant autour de l’âtre, tout en mangeant des châtaignes et en buvant du cidre. On y racontait des contes traditionnels comme Peau d’âne, Le Petit chaperon rouge, et aussi des fabliaux ou des historiettes. Souvent, les contes avaient une portée morale, fédératrice pour le groupe. Cette version n’a subi aucun changement de notre part, elle est telle qu’elle fut racontée avec des imperfections dues à l’oralité, au fait qu’elle était originellement transmise en patois, diffusée dans le milieu d’une paysannerie peu instruite et avec la volonté d’être comprise par les plus jeunes. Elle contient des parties chantées. Il y avait une fois un paysan qui était bûcheron, il travaillait dans les bois. Il avait une femme qui est morte, il avait deux petits : alors il s’est remarié avec une méchante femme qui n’aimait pas les petits. Tous les jours, elle les envoyait au bois chercher du bois mort pour allumer son feu. Et un jour, elle a dit à la petite fille : Bon, le petit n’y a pas été ; la petite revient avec son bois : Eh bien, il est perdu ! On l’a cherché partout, on l’a pas trouvé, on l’a pas vu. Elle a dit à la petite fille : Tous les jours, elle apportait le déjeuner à son père dans les bois. Un jour, elle a trouvé une vieille femme qui ramassait du bois mort dans la forêt. La vieille lui a dit : Cathie a ouvert le bidon. Bon, elle fait ce que la femme lui a dit, mais la pauvre Cathie …

