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Introduction (fr)[Record]

  • Catherine Léger and
  • Anne-Sophie Bally

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Toute langue est fondamentalement hétérogène et se manifeste sous des formes multiples, la variation linguistique affectant ses différentes dimensions : les sons, les mots, les structures de phrases, le discours (Gadet, 2003, 2024). La langue se conçoit comme un ensemble de variantes qui peuvent être définies comme des formes distinctes, mais équivalentes. Par exemple, un même mot peut être prononcé de façon différente, tel vite qui peut s’entendre [vit] ou [vɪt]; diverses constructions peuvent être employées pour poser des questions ayant essentiellement le même sens telles Est-ce que tu comprends ?, Tu comprends-tu ?; etc. Dans la littérature, cette variation linguistique est classée selon divers facteurs, dont le nombre et la dénomination diffèrent. Par exemple, Gadet (2024) distingue cinq axes majeurs à la source de la variation linguistique. Elle opère une première grande opposition entre la variation selon les usagers — la variation entre des locuteurs différents, considérée selon les angles du temps, de l’espace et de la position sociale — et la variation selon l’usage — le répertoire d’un même locuteur selon la situation de communication. La variation diachronique, ou temporelle, a trait à l’évolution des langues au fil du temps. Par exemple, des noms comme mie, point et goutte, autrefois utilisés pour marquer la négation, ont presque complètement disparu de l’usage contemporain, supplantés par pas, qui est devenu le marqueur dominant de négation en français moderne (Eckardt, 2006). Quelques-uns persistent dans certaines régions, comme point dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse (Neumann-Holzschuh et Mitko, 2018). En Acadie, le verbe bailler, encore employé de nos jours avec le sens de « donner », se trouve déjà mentionné au 17ᵉ siècle comme présentant un caractère vieilli (Cormier, 2009). Alors que certains mots sombrent dans l’oubli ou sont confinés à des variétés linguistiques spécifiques, d’autres émergent du besoin de nommer de nouvelles réalités. Citons, à titre d’exemples, les mots créés par l’Office québécois de la langue française (OQLF), tels que balado(diffusion), pourriel et clavardage qui offrent des alternatives à des emprunts à l’anglais (podcast, spam et chat). Le français est une langue vivante, et comme toute langue vivante, elle se transforme, change sans cesse et se renouvèle constamment. Un deuxième type de variation est d’ordre diatopique (aussi appelée variation spatiale ou régionale), c’est-à-dire attribuable à l’espace géographique. Les accents et les spécificités lexicales propres à chaque aire géographique constituent les manifestations les plus saillantes de ce type de variation linguistique. Le français n’est pas parlé de la même manière d’un lieu à un autre. Selon la zone francophone, une même réalité peut être exprimée par des mots différents. Ainsi, patate et melon d’eau s’utilisent davantage au Canada, alors qu’en France et ailleurs en Europe, ce sont plutôt pomme de terre et pastèque qui sont employés. La variation diastratique (sociale, démographique) désigne les différences qui découlent de dimensions sociales et démographiques d’un individu : son appartenance professionnelle, son statut social, son âge, son sexe, son type d’habitat (rural ou urbain), etc. Par exemple, wesh qui signifie entre autres « salut » et qui provient de l’arabe maghrébin, est très populaire chez les jeunes en France et s’est aussi bien implanté au Québec (David-Toleto et Antes, 2024; Martineau et al., 2022, p. 162). De la même manière, il existe des termes spécialisés, qui n’appartiennent pas au français courant et qui sont propres à une profession, lesquels sont souvent incompréhensibles pour les non-initiés, comme névrome, une tumeur bénigne composée de fibres nerveuses. Un autre exemple qui illustre la variation diastratique est m’as manger une pomme, un emploi en français laurentien qui est plus …

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