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Comptes rendus

Bock, M. et Charbonneau, F. (dir.). (2024). Le moment Montfort dans la francophonie canadienne. Les Presses de l’Université d’Ottawa[Record]

  • Pierre Negaud Dupenor

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  • Pierre Negaud Dupenor Université d’Ottawa

Rédigé sous la direction de François Charbonneau et Michel Bock, ce livre propose une analyse multiniveaux des enjeux et retombées du mouvement social contestataire qui a émergé à la suite de l’annonce de la fermeture de l’Hôpital Montfort par le gouvernement ontarien en 1997. D’entrée de jeu, l’ouvrage pose les contours historiques dudit mouvement, dénommé SOS Montfort. L’introduction, rédigée par Charbonneau et Bock, met en contexte l’arrivée au pouvoir du Parti progressiste-conservateur (PPC) de l’Ontario, en juin 1995, cristallisée par l’élection de Mike Harris comme nouveau premier ministre. Ce retour au pouvoir du PPC s’accompagne d’un changement radical d’orientation politique, notamment une promesse électorale promouvant une gouvernance néolibérale et austère visant à rationaliser les dépenses de l’État et à diminuer, voire éliminer la dette publique de la province. Durant la campagne électorale, le PPC de l’Ontario avait laissé croire qu’il n’entendait pas réduire le budget alloué au secteur de la santé. Toutefois, dès son arrivée en poste, le premier ministre mit en place la Commission de restructuration des services hospitaliers. Celle-ci proposait de réduire d’environ 18 % les allocations budgétaires destinées aux services de santé, s’inscrivant ainsi dans une démarche similaire de réduction ou de fermeture d’hôpitaux à l’instar d’autres provinces, comme la Saskatchewan et le Québec. Après une année de travail et de rencontres avec les différentes parties prenantes du système de santé ontarien, notamment les directions d’hôpitaux, les universités formatrices, les syndicats ainsi que les associations professionnelles, la Commission a rendu public son rapport de travail en février 1997. Comme toile de fond, elle recommande la fermeture de 28 hôpitaux, incluant l’Hôpital Montfort, le seul hôpital universitaire de la province utilisant le français comme langue d’administration. Si certains hôpitaux acceptent leur sort, un mouvement de résistance et de mobilisation populaire verra le jour autour de l’Hôpital Montfort, sous le nom de « SOS Montfort ». Ce mouvement sera rapidement attisé par l’argumentaire de la Commission prétextant que la fermeture de l’Hôpital Montfort n’affectera pas les services en français, puisqu’ils seront disponibles dans d’autres hôpitaux bilingues, comme l’Hôpital général d’Ottawa. Les francophones de la région d’Ottawa y voient une manière pour le gouvernement ontarien de pérenniser l’usage de l’anglais en promouvant le bilinguisme. SOS Montfort reçoit dès lors des soutiens venus de toutes parts, tant de politiciens québécois que fédéraux, des Anglo-Québécois, des gouvernements québécois et fédéral, qui considèrent cette démarche comme une menace inédite contre les droits des minorités linguistiques canadiennes. Peu après son lancement, SOS Montfort défraie la chronique, devenant ainsi une véritable saga médiatique. Les francophones d’Ottawa s’investiront entièrement dans ce mouvement qui incarne le droit à l’existence de la francophonie hors Québec. Une grande marche des élèves de la région d’Ottawa se tiendra le 20 mars 1997, suivie deux jours plus tard par un rassemblement populaire d’environ 10 000 personnes, le 22 mars 1997, au Centre municipal d’Ottawa, et retransmis en direct à la télévision. En juin 1997, une pétition ayant recueilli près de 135 000 signatures sera remise à l’Assemblée législative provinciale, envoyant ainsi un message fort d’indignation au gouvernement ontarien. Plusieurs personnalités et médias ont signé la pétition, notamment le journal Le Droit. De manière inespérée, quelques journaux anglophones ontariens ont fait de même. Tout cet appui médiatique et politique a permis d’aboutir, le 13 août 1997, au retrait officiel de la décision de la Commission de restructuration, qui préconisera la transformation de l’Hôpital Montfort en un service ambulatoire. Le mouvement SOS Montfort fustigera cette décision et conduira la Commission devant les tribunaux, faisant valoir le principe non écrit de la Constitution canadienne renvoyant à la protection des minorités. S’ensuivra alors une …