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Comptes rendus

Lacasse, C. (2024). Le Québec anglophone distinct du reste du Canada ? La communauté anglo-québécoise au prisme des éditoriaux de The Gazette de 1976 à 1982. Presses de l’Université Laval[Record]

  • Ann-Frédérick Blais

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  • Ann-Frédérick Blais Université Laval

Dans Le Québec anglophone distinct du reste du Canada?, Chantal Lacasse propose une plongée rigoureuse dans les dynamiques identitaires de la communauté anglo-québécoise à travers l’analyse des éditoriaux du quotidien montréalais The Gazette, publiés entre 1976 et 1982. Cette période marquée par des bouleversements politiques et sociaux majeurs (Révolution tranquille, adoption de lois linguistiques, élection du Parti québécois, référendum de 1980) constitue un tournant dans la redéfinition des rapports entre les communautés linguistiques au Québec. L’ouvrage s’inscrit dans une perspective interdisciplinaire, à la croisée de l’histoire sociale, de la sociolinguistique et de l’analyse du discours médiatique. Historiquement en position dominante sur les plans économique, politique et institutionnel, la communauté anglophone du Québec se voit peu à peu reléguée à un statut minoritaire, notamment en raison des politiques de francisation mises en place à partir des années 1970. Cette transition, bien plus qu’un simple changement administratif, transforme en profondeur les représentations collectives et identitaires. Lacasse démontre que cette minorisation n’est pas seulement subie : elle devient aussi un catalyseur de réinvention de l’identité anglo-québécoise, distincte de l’identité canadienne-anglaise plus large. L’analyse repose sur un cadre théorique solide, mobilisant des concepts clés, tels que la transculturalité, le nationalisme banal (Billig, 1995) et la construction sociale de l’identité nationale. La transculturalité permet de penser l’identité non comme une essence figée, mais comme un processus d’hybridation et de négociation entre plusieurs référents culturels. Le nationalisme banal, quant à lui, désigne les formes discrètes, mais omniprésentes par lesquelles l’appartenance nationale est reproduite au quotidien — notamment à travers les médias. L’originalité de l’ouvrage réside en effet dans le choix du prisme médiatique pour analyser la recomposition de l’identité anglo-québécoise. En se concentrant sur les éditoriaux — un genre journalistique à la fois subjectif et prescriptif —, l’autrice met en lumière la manière dont les médias participent activement à la construction des discours identitaires. En ce sens, The Gazette devient un observatoire privilégié des mutations vécues par la communauté anglo-québécoise, tandis que The Globe and Mail, quotidien torontois, offre un contrepoint révélateur des perceptions extérieures du Québec. La comparaison entre les deux permet de faire ressortir les différences de traitement médiatique entre un journal enraciné dans la réalité québécoise et un autre ancré dans une perspective pancanadienne. La méthodologie repose sur une analyse de contenu qualitative. Chaque chapitre suit une structure claire : contextualisation historique et présentation des protagonistes, puis analyse critique des discours médiatiques. Le premier chapitre s’intéresse aux débats sur le bilinguisme dans l’aéronautique, qui deviennent dans les années 1970 un terrain symbolique de confrontation entre les deux communautés linguistiques. L’introduction du français dans les communications aériennes suscite des réactions contrastées. The Gazette soutient la mise en oeuvre du bilinguisme, tout en jouant un rôle de médiateur auprès du Canada anglais. Il insiste sur la légitimité des revendications francophones et sur la nécessité d’un dialogue interculturel. À l’inverse, The Globe and Mail se focalise sur les enjeux de sécurité évoqués par les syndicats anglophones, minimisant la portée symbolique du débat. Ce cas illustre déjà les logiques d’ancrage distinctes des deux journaux : l’un cherche à concilier les intérêts de sa communauté avec les aspirations de la majorité francophone; l’autre adopte une posture plus distante, centrée sur une lecture technocratique et sécuritaire du conflit. Dans les chapitres 2 à 4, Lacasse examine la montée du nationalisme au Québec, l’adoption de la loi 22 en 1974, première loi qui fait du français la langue officielle de la province, et la victoire du Parti québécois en 1976. Les anglophones continuent de considérer le Québec comme une province canadienne parmi d’autres, sans reconnaître pleinement la …

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