L’ouvrage States of Language Policy, Theorizing Continuity and Change (2025) est dirigé par les politologues Ericka Albaugh (Bowdoin College, Maine), Linda Cardinal (Université d’Ottawa) et Rémi Léger (Université Simon Fraser) et publié par les éditions de l’Université de Cambridge. Ce livre examine le rôle de l’État en matière de politiques linguistiques. D’une part, l’objectif est de mettre en lumière comment les politiques linguistiques varient dans le temps et dans l’espace. En particulier, il vise à expliquer « comment et pourquoi certains États révisent leur position en matière de langue tandis que d'autres ne le font pas, ce que [Albaugh, Cardinal et Léger appellent] les modèles de continuité et de changement » (p. 7). En d’autres termes, alors que la littérature se penche davantage sur les effets des politiques linguistiques, cet ouvrage s’intéresse aux choix opérés par les États en la matière. D’autre part, les contributions prolongent les réflexions théoriques débutées dans States Traditions and Language Regimes (2015a), ouvrage dirigé par Cardinal et Sonntag. Concrètement, ce sont les relations entre régimes linguistiques et traditions étatiques, les deux concepts clés de l’ouvrage, qui sont ici analysées sous l’angle du changement et de la continuité. Les auteurs définissent le concept de tradition étatique selon l’idée que l’action de l’État repose sur des schèmes normatifs, institutionnels et administratifs (p. 9; Cardinal et Sonntag, 2015b, p. 119). Ces schèmes forment une tradition de valeurs dans laquelle s’inscrivent les choix opérés, dont les choix en matière de droits linguistiques. Intervient alors le concept de régime linguistique que les auteurs définissent comme « l’ensemble de pratiques et de représentations d’un État en matière de langue et de son utilisation » (p. 9). La combinaison des deux concepts fonde le modèle théorique « State Traditions and Language Regimes » (STLR). Comme il est expliqué dans le chapitre introductif, cet ouvrage tend à approfondir ce modèle en élargissant le champ d’application et en intégrant d’autres notions liées aux sciences politiques. L’ouvrage est divisé en trois parties et comprend au total quinze chapitres. La première partie, intitulée « Routes of Change », composée de cinq chapitres, explore le changement dans les choix opérés en politiques linguistiques en identifiant des tournants (critical juncture) ou des changements progressifs. La deuxième partie, « Dependent Relationships », rassemble quatre autres chapitres qui couvrent le contexte africain, algérien, indien et celui d’Hong Kong au regard des traditions politiques et régimes linguistiques de ces différents espaces relatifs à des situations postcoloniales. Enfin, la troisième partie, « Levels of Governance » élargit la réflexion à la gouvernance. Dans les quatre derniers chapitres, il est question du cas des langues autochtones au Canada et au Pays de Galles, du romani en Europe et de l’anglais dans les systèmes éducatifs nationaux. En guise de conclusion, le chapitre de Lecours réitère les relations étroites entre langues et politique. La première partie s’ouvre avec le chapitre de Bjørhusdal traitant du modèle universaliste dans le contexte norvégien et de ses impacts sur les politiques linguistiques des deux variétés écrites du norvégien (le bokmål et le nynorsk). Son analyse montre que la trajectoire du régime linguistique relève de droits positifs et universaux, tout en précisant que la variété nynorsk est en déclin (p. 45). Tandis que les droits linguistiques négatifs sont caractérisés par la non-intervention étatique et le libre choix des individus à l’endroit des langues utilisées, les droits linguistiques positifs se démarquent par l’intervention de l’État en octroyant aux individus des droits spécifiques (p. 37). Enfin, les droits universaux s’appliquent à tout individu, indépendamment du groupe d’appartenance linguistique (bokmål et nynorsk). Ensuite, dans le chapitre 3, Normand présente une analyse …
Appendices
Bibliographie
- Cardinal, L. et Sonntag, S. (2015a). States Traditions and Language Regimes. McGill-Queen’s University Press.
- Cardinal, L. et Sonntag, S. (2015b). Traditions étatiques et régimes linguistiques : comment et pourquoi s’opèrent les choix de politiques linguistiques? Revue internationale de politique comparée, 22(1), 115-131. https://doi.org/10.3917/ripc.221.0115
- Streeck, W. et Thelen, K. A. (2005) Beyond continuity: institutional change in advanced political economies. Oxford University Press.

