Depuis sa reconnaissance internationale avec la norme ISO 26000 en 2010, la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et des organisations (RSO), se sont progressivement imposées comme cadres structurants de la performance globale et de la résilience des organisations. Longtemps appréhendées comme un registre de bonnes pratiques volontaires, elles se sont institutionnalisées sous l’effet combiné de la pression réglementaire, des attentes sociétales et de la montée en puissance des enjeux sociaux et climatiques. Dans ce contexte, Le Grand livre de la RSE, dirigé par Stéphane Trébucq et couronné par les Prix Turgot 2024 (Dunod, 2023) et France Processus (2025), constitue une synthèse de référence, à la fois théorique, pédagogique et opérationnelle. L’ouvrage permet de comprendre comment la RSE et la RSO se sont historiquement constituées, et comment elles se déclinent aujourd’hui dans l’ensemble des fonctions des organisations. Elles s’inscrivent désormais dans une perspective de décarbonation, et plus largement le respect des limites planétaires et d’un socle de besoins sociaux minimaux. L’un des apports majeurs de l’ouvrage tient d’abord au retour aux sources historiques et culturelles de la RSE/RSO. Les contributions rappellent utilement que la responsabilité sociétale ne relève ni d’un effet de mode ni d’un simple outil de communication, mais s’inscrit dans une longue trajectoire intellectuelle, allant de la philanthropie patronale aux théories contemporaines des parties prenantes. Ce détour par l’histoire éclaire les ambiguïtés actuelles de la responsabilité sociétale, prise entre volontarisme moral, instrumentation stratégique et normalisation juridique croissante. Le devoir de vigilance, la taxonomie européenne, ou encore la directive CSRD et les normes ESRS témoignent désormais d’un basculement progressif vers une formulation et une approche contraignante de la responsabilité, dont la décarbonation à l’échelon européen en constitue l’un des axes structurants. Le lecteur de l’ouvrage est ainsi invité à identifier au fil des différents chapitres un ensemble de problématiques de RSE/RSO qui sont souvent mélangées, et brouillent la compréhension des enjeux en la matière. Au coeur du schéma ci-dessus, on retrouvera le rappel qu’il n’existe pas une seule RSE, mais plusieurs, sous-tendues par des motivations managériales différentes, des outils variés, des systèmes de reporting plus ou moins aboutis. Au final, il en résulte des boucles d’apprentissage organisationnel et conceptuel pouvant nécessiter l’accumulation de plusieurs années d’expérience. L’ouvrage se distingue également par la présentation des déclinaisons fonctionnelles de la responsabilité sociétale. La stratégie, la finance, le contrôle de gestion, la comptabilité, les ressources humaines, le marketing, la communication ou encore les achats font l’objet d’analyses spécifiques dans des chapitres dédiés. L’ISO 26000 n’est plus cantonnée à une fonction de direction, mais irrigue désormais l’ensemble des processus décisionnels dans les organisations. De ce point de vue, la décarbonation en est aussi une illustration, puisque cette thématique traverse l’ensemble des fonctions : intégration du risque climat dans la stratégie, développement de la finance durable, émergence des comptabilités carbone, transformation des politiques d’achats et des logistiques, redéfinition de l’offre et du marketing autour de l’empreinte environnementale. Sur le plan méthodologique, Le Grand livre de la RSE met en évidence la montée en puissance des outils de gestion désormais à disposition : bilans carbone, analyses de cycle de vie (ACV), indicateurs ESG, reporting extra-financier. Cependant, l’ouvrage souligne également les limites de ces instruments, encore largement hétérogènes, parfois déconnectés des systèmes de management classiques, et ne s’appuyant pas sur des bases de connaissances développées et des stratégies collectives de mise en commun des expériences. Ces constats rejoignent directement les travaux sur l’émergence d’une comptabilité durable conversationnelle (Trébucq et Valakhanovich, 2025), qui interrogent la capacité des outils actuels à intégrer de manière unifiée les dimensions financières, extra-financières, qualitatives et prédictives de la durabilité. L’introduction des intelligences …
Appendices
Bibliographie
- Trébucq, S., Valakhanovich, A. (2025). Nouvelles perspectives d’une comptabilité durable conversationnelle : une approche auto ethnographique et prospective, Congrès AFC, Saint-Malo, France.
- Trébucq, S. (2026). Les propriétés viti-vinicoles de Bordeaux face aux émissions de gaz à effet de serre (GES) : vers une décarbonation et une adaptation possible et rentable ? (dir. E. Reynaud), Performance globale et décarbonation, Garnier éditions, à paraître.

