Loin des crises qu’elles peuvent connaître plus ou moins régulièrement, il apparaît pour certains que les entreprises se trouvent désormais dans une situation de « permacrise » (Glancy, 2021), à savoir un contexte de crise permanente. Qu’elles soient économiques, sociales, technologiques, sanitaires, politiques ou géopolitiques, les crises semblent, en effet, se multiplier en se succédant sans cesse. Ainsi, les entreprises se retrouvent dans un monde où le « never normal » serait le « new normal ». C’est à ce contexte, et plus spécifiquement à la mise en place de modalités de travail radicalement nouvelles en raison de l’usage accru des technologies de l’information pendant la crise sanitaire de la Covid-19, que l’ouvrage Le management plastique. L’art de la transformation digitale à l’heure du Never Normal d’Aurélie Dudézert, Florence Laval et Fanny Gibert (2024) cherche à apporter un éclairage nouveau. Bien sûr, l’arrivée et le déploiement massif de technologies numériques très avancées ainsi que les évolutions du monde du travail qui en découlent ne sont pas des choses nouvelles. Mais la crise de la Covid-19 est venue accélérer encore un peu plus les évolutions dans un mécanisme déjà en pleine mutation, notamment au niveau des managers. Mais si la crise sanitaire a fait naître des espoirs de changements et de remises en question au niveau des modes de management, la réalité a parfois rapidement douché les plus optimistes. Ainsi, la crise sanitaire semble avoir renforcé la défiance des salariés vis-à-vis de l’entreprise en tant qu’institution. Ce livre cherche donc à comprendre le pourquoi de cette fracture de la relation entre le salarié et l’entreprise (partie 1), qui apparaît particulièrement saillante après la crise de la Covid-19, afin de proposer des modes managériaux pouvant conduire à une réconciliation entre l’entreprise et les individus qui la composent (partie 2). L’identification, la quantification et l’analyse des raisons de l’érosion de la relation entre le salarié et l’entreprise présentées dans la partie 1 sont principalement fondées sur une enquête sur le vécu professionnel menée auprès de plus de 380 salariés d’entreprises françaises entre 2018 et 2023. La partie 1 se décompose en trois chapitres. Le premier chapitre (chapitre 1) documente la montée de la déception des salariés vis-à-vis de l’entreprise. En se basant principalement sur leur évolution professionnelle, leur position au sein de l’entreprise et la reconnaissance professionnelle qu’ils pensent recevoir, les salariés témoignent majoritairement d’un sentiment de non-reconnaissance à la hauteur de leur investissement professionnel. En demandant en permanence des changements, une capacité d’adaptation, en poussant à la flexibilité, à la polyvalence et à l’agilité, les salariés ont, petit à petit, intégré l’idée que l’entreprise n’était pas l’institution assurant la stabilité qu’ils pouvaient rechercher. Si cette remise en question apparaît dès le début de l’enquête, en 2018, la crise de la Covid-19 semble avoir fait basculer le questionnement d’une dimension générale (sur la posture de l’entreprise vis-à-vis du travail, par exemple) à un questionnement plus centré sur les nouvelles conditions de travail (et du télétravail en particulier). De considérations plutôt générales et de réflexions larges, un glissement vers des éléments plus utilitaristes et quotidiens s’est effectué. C’est après la crise sanitaire que s’installe un certain repli sur soi, pour ne pas dire un vrai individualisme, de la part du salarié, avant tout motivé par la satisfaction personnelle qu’il pourrait retirer des nouvelles conditions de travail comme le télétravail. Le deuxième chapitre (chapitre 2) s’interroge sur le sens à donner au collectif dans une entreprise où apparaissent l’individualisme, la recherche de la satisfaction personnelle et la perte de liens directs. Dans ce contexte, l’idée du collectif de travail proposé par l’entreprise apparaît vide de …
Appendices
Bibliographie
- Glancy, J. (2021), Will the permacrisis ever end ?, The Sunday Times. https://www.thetimes.co.uk/article/permacrisis-ever-end-covid-pandemic- brexit-ukraine-crisis-latest-fpznr05qk
- Smith, W. K., & Lewis, M. W. (2011). Toward a theory of paradox : A dynamic equilibrium model of organizing. Academy of management Review, 36(2), 381-403. https://doi.org/10.5465/AMR.2011.59330958

