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Comptes rendus

Marie-Laurence Raby. Braver l’interdit : histoire féministe de l’avortement au Québec 1969-1988, Montréal, Éditions du remue‑ménage, 2025, 220 p.[Record]

  • Andrée Rivard

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  • Andrée Rivard Université du Québec à Trois-Rivières

« [T]oute personne doit pouvoir choisir elle-même » (p. 11). C’est sur ce mode engagé pleinement assumé que la doctorante en histoire Marie-Laurence Raby nous fait découvrir un pan méconnu de l’histoire de l’avortement au Québec. Dans sa recherche, elle s’est attachée à la période qui débute en 1969, au moment où le gouvernement libéral de Pierre Elliott Trudeau assouplit l’encadrement de l’avortement, et se termine en 1988 alors que la Cour suprême du Canada le décriminalise. L’accroissement des préoccupations à propos de l’interruption volontaire de la grossesse se produit dans le contexte des grandes transformations sociales et culturelles des années 1960, marquées notamment par l’émancipation sexuelle et le recours à de nouvelles pratiques contraceptives. On prend alors davantage conscience du phénomène de l’avortement lorsqu’il est mis en lumière par des statistiques officielles en santé : en 1962 au Canada, 57 617 femmes avaient été admises à l’hôpital pour des complications liées aux auto-avortements et aux avortements clandestins; en 1966, il avait été établi que « les complications découlant de ces procédures dangereuses [étaient] la principale cause d’hospitalisation des Canadiennes » (p. 27). Pour mieux comprendre ce passé, l’historienne étudie les « rapports de force qui se jouent sur un terrain précis, celui des services féministes d’avortement » (p. 13) en analysant le contexte de leur création et leur développement. Parmi les organisations qui ont pris position en faveur de l’avortement, Raby choisit de braquer les projecteurs sur les groupes féministes radicaux, le Front de libération des femmes du Québec (FLFQ) créé en 1969, le Centre des femmes de Montréal mis sur pied en 1972 et le Comité de lutte pour la contraception et l’avortement libres et gratuits (CLCALG) formé en 1974. Suivant un plan chronologique, les chapitres du livre découpent cette histoire en trois moments caractérisés par des défis distincts. La période 1969-1973 (chapitre 1) a été marquée par la création du service de référence pour l’avortement du Centre des femmes de Montréal. La réforme du Code criminel, en 1969, avait fait entrer la décision d’interrompre une grossesse dans le champ de l’expertise médicale en autorisant les avortements dans des hôpitaux agréés (dans les faits peu nombreux) dotés d’un comité d’avortement thérapeutique (CAT). La délégation de la décision d’un avortement à ces quasi-tribunaux composés de médecins, essentiellement réfractaires aux avortements, avait rendu plus difficile l’accessibilité des services dans un cadre légal. C’est dans ce contexte que des militantes mettent en place des réseaux d’avortements illégaux. Ce qu’elles organisent, ce sont des avortements sécuritaires se déroulant « dans les cliniques privées de certains médecins, comme celle du Dr [Henry] Morgentaler, qui acceptent de collaborer au réseau » (p. 32). L’apparition de telles pratiques, qui dépassent la sphère de la clandestinité, témoigne d’une « certaine tolérance, à la fois individuelle et institutionnelle, face à la pratique illégale d’avortements » (p. 38). La démarche des militantes québécoises s’inspire de la pensée des féministes étatsuniennes qui, au-delà de la théorie, préconise l’action directe sur le terrain. Les objectifs qui sous-tendent leurs interventions sont bien définis, ils visent la reconnaissance de l’agentivité des femmes quant à leur santé sexuelle et reproductive, la mise en oeuvre d’une vision holistique de la santé, l’ambition de transformer les rapports que les femmes entretiennent avec l’institution médicale et la conscientisation par les femmes du caractère politique de leur rapport à l’avortement. Le succès, bien que relatif, remporté durant ces années pionnières est tangible : les services ont permis aux femmes concernées de sortir de l’isolement, ils ont servi à abolir le tabou de l’avortement malgré l’illégalité du geste et, dans une certaine mesure, à lever le stigmate …

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