Abstracts
Résumé
On trouve chez Berkeley, avant même les thèses de Quine dans « Deux dogmes de l’empirisme », l’idée selon laquelle l’objet physique conçu comme unité d’idées qualitativement différentes est une construction de l’esprit pour vivre. Dans cet article, je montre que cette lecture classique de Berkeley n’est pas erronée, à condition de prendre en compte le rôle du langage et de ne pas considérer littéralement que l’esprit « fait » l’objet. Il faut plutôt avancer que l’esprit fait l’objet au sens où il construit des espèces et des ensembles à partir d’individus distincts, ce qui se justifie si l’on garde à l’esprit que l’unité ontologiquement première chez Berkeley est celle de l’idée, et non celle de l’objet à proprement parler. L’objet berkeleyen n’est cependant pas un pur mythe, puisque l’unification que l’esprit opère prend appui sur une coexistence réelle des idées et est donc épistémiquement fondée.
Abstract
We live in a world of objects and individuals that stabilize the flow of perceptions and sensations. Before Quine—drawing on pragmatist considerations—considered the object as a ‘posit’ made by the mind for practical purposes with the same epistemological status as a myth, we find in Berkeley’s philosophy the idea that the physical object as a unit made up of qualitatively different ideas is a construction of the mind for living. In this article I attempt to show that this classical reading of Berkeley is not erroneous, and I emphasize the role of language in this unification of ideas. The physical object is not a pure ‘myth,’ because it is based on real links between ideas and offers epistemic guarantees distinct from purely practical ones, but it is a human construction designed to accommodate practical endeavors.
