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Introduction

Fabrique, usages et effets des catégories migratoires internationalesThe Construction, Uses, and Effects of International Migration Categories[Record]

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  • Juliette Dupont ORCID logo 0000-0002-6391-9191 Chargée de recherche F.R.S.-FNRS, Institut d’études europénnes/CRESPO — UCLouvain

  • Ahmed Hamila ORCID logo 0000-0002-9099-1711 Professeur adjoint, Département de sociologie — Université de Montréal

À la demande de la revue, une modification a été apportée à l’ordre des auteurs après la parution de l’article. Date de modification : juin 2026.

Ces dernières années, de nombreux travaux se sont consacrés à l’analyse critique des catégories qui nomment et ordonnent les populations migrantes, leur accordant des droits différenciés en fonction de la case administrative où elles sont classées (Martiniello et Simon, 2005; Auguin et al., 2010; Lendaro, 2019; Lepoutre et Malogne-Fer, 2022). Ces logiques de tri se trouvent au coeur de l’action des pouvoirs publics face au défi des migrations internationales (Agier, 2019). La « crise de 2015 » en Europe a révélé le fétichisme catégoriel des gouvernements opposant « vrai·es » réfugié·es aux personnes poursuivant des objectifs migratoires économiques pour justifier l’exclusion des second·es, alors même que cette distinction est une construction sociale historique (Akoka, 2020), ne reflétant aucunement la complexité des facteurs sociaux, économiques et politiques poussant à l’exil (Crawley et Skleparis, 2018). Cette même catégorie de migrant·es dit·es économiques est au contraire valorisée en Amérique du Nord, où les entités étatiques rivalisent pour les attirer et les retenir (Xhardez, 2024), venant brouiller la signification internationale des catégories migratoires et remettre en question la pertinence de leur circulation transnationale. S’inscrivant dans la continuité de ces travaux, ce numéro thématique rassemble des contributions pluridisciplinaires qui interrogent la fabrique, la circulation, les usages ainsi que les effets des catégories migratoires, aussi bien sur le plan sociopolitique que scientifique. L’apport de ce dossier à la littérature sur ces catégories est triple. Tout d’abord, ce numéro propose différentes recherches à forte dimension empirique, ancrées dans une variété de contextes, qui examinent le lien entre production des catégories et pratiques des catégorisé·es. En articulant la fabrique des assignations et leurs usages sociaux, les articles de ce dossier visent à dépasser une vision « passive » des personnes en migration, et au contraire à documenter la recomposition des rapports de force entre institutions et individus autour des catégories. Ensuite, la sélection d’articles présentés dans ce dossier défend une perspective analytique cherchant à faire tenir ensemble catégories désirables et indésirables. Plutôt que d’opposer mobilités vulnérables et privilégiées, les contributions interrogent les expériences sociales et individuelles de ces catégories, démontrant qu’elles sont imbriquées dans différents rapports sociaux et donnant à voir une sociologie fine des inégalités liées à la mobilité internationale. Enfin, ce dossier a pour ambition d’actualiser la riche production des connaissances francophones autour des catégories de la migration internationale, dans différents champs disciplinaires – de la sociologie du droit en passant par les études de genre – et une variété de contextes académiques nationaux (France, Suisse, Belgique, Québec). Un courant entier de la sociologie de l’action publique s’est intéressé au processus de catégorisation, notamment parmi les tenants de l’approche sociohistorique de l’action publique. Catégoriser implique la détermination de critères d’inclusion et d’exclusion qui, par définition, ne sont jamais neutres. C’est de ce postulat que partent ces spécialistes. S’inspirant des travaux de Michel Foucault sur les dynamiques d’étatisation et des dispositifs, ils et elles ont cherché à examiner la manière dont ces critères d’inclusion et d’exclusion sont déterminés ou, dit autrement, comment s’opère la « mise en administration de la société » (Payre et Pollet, 2013 : 45). Leur objectif est ainsi d’analyser l’action publique et l’État en fonction de la production de ses catégories d’intervention, de leurs effets cognitifs et normatifs et des pratiques qui en découlent (Lascoumes et Le Galès, 2012 : 92). Ce champ émerge dans le cadre de l’analyse du développement des politiques sociales et de l’État-providence. Ainsi, les premiers travaux sur la catégorisation s’intéressent aux nouvelles catégories d’action publique que ces politiques ont créées. Dès 1986, Robert Salais, Nicolas Baverez et Bénédicte Reynaud décrivent dans L’invention du chômage la genèse, la …

Appendices