Abstracts
Résumé
Cet article examine les mémoires conflictuelles du régime duvaliériste (1957–1986) au sein de la diaspora haïtienne de Montréal entre 1964 et 2014. S’appuyant sur une série d’entretiens oraux réalisés entre 2018 et 2021, il met en lumière la complexité et la pluralité des souvenirs associés à cette période controversée de l’histoire haïtienne. En mobilisant le concept de « mémoire emblématique » développé par Steve Stern (2004), l’analyse identifie trois tendances mémorielles : une mémoire dissidente, centrée sur la dénonciation de la violence d’État; une mémoire révisionniste, qui en minimise la portée tout en soulignant la stabilité relative du régime; et une mémoire indécise, marquée par une ambivalence entre critique et nostalgie. L’article se concentre particulièrement sur les deux dernières, encore peu explorées dans la littérature. Il montre comment ces récits ambivalents sont façonnés à la fois par le contexte politique d’Haïti post-1986 et par des dynamiques propres à la communauté haïtienne de Montréal. En élargissant le champ de l’histoire de la mémoire au-delà des frontières nationales, cette recherche contribue à une meilleure compréhension des tensions mémorielles en contexte diasporique.
Abstract
This article examines conflicting memories of the Duvalier regime (1957–1986) within the Haitian diaspora in Montreal between 1964 and 2014. Based on a series of oral interviews conducted between 2018 and 2021, it highlights the complexity and plurality of memories associated with this controversial period in Haitian history. Using the concept of “emblematic memory” developed by Steve Stern (2004), the analysis identifies three memory trends: a dissident memory, focused on denouncing state violence; a revisionist memory, which minimizes its scope while emphasizing the relative stability of the regime; and an indecisive memory, marked by ambivalence between criticism and nostalgia. The article focuses particularly on the latter two memory trends, which have been little explored in the literature. It shows how these ambivalent narratives are shaped both by the political context of post-1986 Haiti and by dynamics specific to the Haitian community in Montreal. By broadening the field of memory history beyond national borders, this research contributes to a better understanding of memory tensions in a diasporic context.
