L’ouvrage Lecture managériale de l’entrepreneuriat propose une analyse de concepts managériaux structurants et les traduit dans le contexte de l’action entrepreneuriale. L’ambition est double : 1) étudier théoriquement le phénomène entrepreneurial et ses composantes, 2) tout en éclairant la philosophie d’un artéfact devenu central en entrepreneuriat : le business model (modèle économique). Le business model GRP (génération, rémunération et partage de la valeur), développé par l’équipe de recherche dirigée par le professeur Verstraete, est ainsi mis en lumière. Pour mener cet exercice, le livre s’appuie sur trois axes : la valeur, l’organisation et l’entrepreneur. En articulant ces perspectives, l’auteur dessine un portrait large et approfondi de l’entrepreneuriat, en rappelant ses racines et relations théoriques, issues du management stratégique, des théories des organisations, de la psychologie et des sciences cognitives. L’ouvrage se distingue également par un dialogue entre théorie et pratique. Il met en perspective des travaux de recherche-action, notamment dans le champ de la pédagogie de l’entrepreneuriat et de l’accompagnement des porteurs de projet, qui ont contribué à développer le modèle GRP. Le premier chapitre de l’ouvrage est consacré à la notion de valeur, omniprésente dans la recherche en entrepreneuriat, mais rarement définie avec précision. L’auteur rappelle que le concept est présent dans la thèse fondatrice de Bruyat (1993). Il retrace d’abord les conceptions substantialistes de la valeur et l’approche fondée sur le désir. Dans tous les cas, la valeur n’existe qu’en tant qu’objet de désir, qu’il soit lié à une nécessité fonctionnelle ou à un plaisir. L’auteur cite notamment les travaux de Heinich (2017), qui identifie seize registres de valeur allant de l’économique au réputationnel. Ces registres montrent notamment que plusieurs valeurs peuvent se combiner pour un même bien. Heinich (2017) propose également de distinguer trois sens du mot valeur : la valeur-grandeur (ce que valent les choses), la valeur-objet (ce que les individus apprécient) et la valeur-principe (critère d’évaluation de la valeur). La valeur est présentée comme étant au coeur des échanges avec les parties prenantes du projet entrepreneurial. Chaque partie prenante contribue au projet par l’apport de ressources et attend une rétribution. Les échanges de valeur sont traversés par des jeux de pouvoir et des relations interpersonnelles qui complexifient la théorie des parties prenantes. Une attention particulière est portée à la valeur perçue par le consommateur, champ historiquement exploré par le marketing. La valeur résulte d’un jugement personnel, qui mobilise des dimensions instrumentales, hédoniques, expressives et sociales. Enfin, la question de l’évaluation des projets entrepreneuriaux, en distinguant les théories des organisations, de la psychologie et des sciences cognitives, est abordée. Elle est rendue difficile par l’incertitude, l’asymétrie d’information et la temporalité de l’action entrepreneuriale. Enfin, la question de l’évaluation des projets entrepreneuriaux est abordée, en distinguant jugements de faits et jugements de valeur. Des outils comme le business plan ou le business model contribuent à objectiver ces jugements. Le business model est alors présenté comme un artéfact central de la gestion de la valeur, permettant de penser simultanément sa génération, sa rémunération et son partage, dans un écosystème d’acteurs interdépendants. L’organisation est analysée comme le produit d’une action entrepreneuriale, qui coordonne et structure des ressources. L’auteur place l’entrepreneur au centre de cette dynamique : un stratège qui engage des moyens pour transformer des ambitions en actions, en combinant et en faisant évoluer des ressources. Dans la relecture de l’approche par les ressources, l’auteur mobilise Penrose (1959), Barney (1991) et Wernerfelt (1984). La perspective évolutionniste de Penrose (1959) insiste sur les déterminants de la croissance et sur l’idée que des organisations dotées de ressources similaires peuvent produire des trajectoires très différentes. Appliquée aux entreprises en création, cette logique …
Appendices
Références
- Baker, T. et Nelson, R.E. (2005). Creating something from nothing : resource construction through entrepreneurial bricolage. Administrative Science Quarterly, 50, 329-366.
- Barney, J.B. (1991). Firm resources and sustained competitive advantage. Journal of Management, 17(1), 99-120.
- Bruyat, C. (1993). Création d’entreprise : contributions épistémologiques et modélisation. Grenoble, Université Pierre Mendès France (Grenoble II).
- Cantillon, R. (1755). Essai sur la nature du commerce en général. Paris, INED.
- Giddens, A. (2012). The constitution of society : outline of the theory of structuration. Berkeley, University of California Press.
- Heinich, N. (2017). Des valeurs, une approche sociologique. Paris, Gallimard.
- Mintzberg, H. (1979). The structuring of organisations. Englewood Cliffs, Prentice Hall.
- North, D.C. (1990). Institutions, institutional change and economic performance. Cambridge, Cambridge University Press.
- Penrose, E. (1959). The theory of the growth of the firm. Oxford, Oxford University Press.
- Sarasvathy, S. (2001). Causation and effectuation : toward a theoretical shift from economic inevitability to entrepreneurial contingency. Academy of Management Review, 26(2), 243-263.
- Say, J.B. (1844). Cours complet d’économie politique. Bruxelles, Société typographique belge.
- Schumpeter, J.A. (1935). Théorie de l’évolution économique. Recherche sur le profit, le crédit, l’intérêt et le cycle de la conjoncture. Paris, Payot.
- Simon, H. (1977). The new science of management decision. Englewood Cliffs, Prentice Hall.
- Smith, A. (1776). An inquiry into the nature and causes of the wealth of nations. Indianapolis, Liberty Classics.
- Weber, M. (1995). Économie et société. Paris, Plon.
- Wernerfelt, B. (1984). A resource-based view of the firm. Strategic Management Journal, 5(2), 171-180.
