Les écosystèmes entrepreneuriaux présentent une des révolutions majeures en termes d’outils du développement économique et de prise des décisions politiques en matière d’entrepreneuriat et d’innovation ces deux dernières décennies (Huggins, Kitagawa, Prokop, Theodoraki et Thompson, 2024 ; Meuric, 2025). Un écosystème entrepreneurial caractérise le contexte externe propice à l’entrepreneuriat. La notion d’écosystème entrepreneurial rend compte de la manière dont l’entrepreneuriat est de plus en plus exercé et entrepris grâce aux interdépendances inhérentes existant entre des organisations, institutions, entreprises et individus qui influencent l’activité entrepreneuriale, ainsi que des interactions, des liens et des interfaces entre ces différents éléments constitutifs. Bien que l’écosystème entrepreneurial ait été emprunté de la biologie (les écosystèmes naturels) par des praticiens pour illustrer, comme métaphore ou analogie, les différentes espèces qui évoluent en interdépendance au sein d’un territoire (Isenberg, 2011), la priorité a été portée pour la nécessité de théoriser ce phénomène en négligeant de mettre en avant les spécificités pratiques de son fonctionnement. Plus précisément, les premières motivations d’étude des écosystèmes entrepreneuriaux ont été initiées par la fondation Kauffman afin de comprendre la composition des écosystèmes et leur structure pour pouvoir les mesurer (Theodoraki, 2024). Ensuite, l’attention a été portée sur les acteurs d’accompagnement, qui agissent comme des catalyseurs dans le fonctionnement des écosystèmes entrepreneuriaux réussis (Spigel, 2017). Enfin, les évolutions technologiques invitent à la réflexion autour de la transformation numérique, qui dépasse les frontières spatiales (Theodoraki, Audretsch et Chabaud, 2023). Au-delà de ces axes d’évolution, plusieurs sous-thématiques émergent et sont développées dans les différents chapitres. Premièrement, l’écosystème a rapidement été associé à l’approche multiniveaux, car elle permet d’appréhender leur complexité en permettant d’établir une distinction entre différents niveaux d’analyse : le niveau macro (écosystème entrepreneurial), qui peut être envisagé à l’échelle régionale, nationale ou internationale ; le niveau méso (écosystème d’accompagnement entrepreneurial), qui peut être envisagé à l’échelle du secteur ou de l’industrie ; le niveau micro (écosystème d’incubation), qui fait référence au niveau organisationnel, également appelé écosystème d’affaires. Bien que cette approche soit prometteuse pour fournir une compréhension globale des différents niveaux des écosystèmes et permettre de situer le niveau d’analyse le plus propice à l’exploration de l’écosystème entrepreneurial, elle est limitée par sa vision unilatérale. Par exemple, la littérature récente soutient que la notion de l’écosystème dépasse les frontières régionales et nationales pour atteindre un niveau mégaéconomique à l’échelle internationale (Theodoraki, 2024). En parallèle, le niveau micro (organisationnel) ne se limite pas au niveau de l’incubateur ou de la structure d’accompagnement, mais peut également être étendu au niveau des start-up au sein des incubateurs ou encore l’écosystème des entrepreneurs constituant un niveau de microanalyse. Les structures d’accompagnement, telles que les incubateurs, pépinières, accélérateurs, sont étudiées dans cette perspective en tant que niveau intermédiaire, qui permet d’optimiser les interactions et les interdépendances entre les entrepreneurs et les politiques publiques. Deuxièmement, l’approche multiniveaux s’enrichit pour dépasser ses limites par l’approche systémique, qui adopte une vision écosystémique plus holistique. Cette approche soutient qu’un écosystème entrepreneurial est constitué de différentes couches qui composent différents sous-écosystèmes. Ainsi, un écosystème n’est pas seulement un ensemble d’éléments, mais aussi un ensemble au sein duquel différents sous-écosystèmes peuvent émerger et interagir. Nous pouvons considérer que l’écosystème entrepreneurial se décompose en sous-écosystèmes interdépendants, en interaction constante et présentant des éléments redondants. Par conséquent, certaines parties des sous-écosystèmes se chevauchent et offrent des zones de recoupement. Par conséquent, cette approche permet de mettre en évidence la présence des sous-écosystèmes qui émergent et opèrent au sein de l’écosystème entrepreneurial. De tels sous-écosystèmes peuvent refléter le sous-écosystème féminin, immigrant, de connaissance, institutionnel, etc. (Messeghem, Theodoraki et Carayannis, 2023). Troisièmement, au-delà de la nature …
Appendices
Références
- Chabaud, D. (2025). Building entrepreneurial ecosystems sustainably. Foundations and Trends® in Entrepreneurship, Christina Theodoraki, 2024. Revue Interdisciplinaire Management, Homme & Entreprise, 59(2), 84-87.
- Huggins, R., Kitagawa, F., Prokop, D., Theodoraki, C. et Thompson, P. (2024). Entrepreneurial ecosystems in cities and regions : emergence, evolution, and future. Oxford, Oxford University Press.
- Isenberg, D. (2011). The entrepreneurship ecosystem strategy as a new paradigm for economic policy : principles for cultivating entrepreneurship. Wellesley, Wellesley College.
- Messeghem, K., Theodoraki, C. et Carayannis, E.G. (2023). Pour une modélisation de l’écosystème entrepreneurial sous forme de sous-écosystèmes : apport de l’approche des systèmes complexes adaptatifs. Management international, 27(2), 93-104.
- Meuric, P.-L. (2025). Compte rendu de l’ouvrage Entrepreneurial ecosystems in cities and regions, Robert Huggins, Fumi Kitagawa, Daniel Prokop, Christina Theodoraki et Piers Thompson, Oxford University Press, janvier 2024. Revue internationale PME, 38(2), 168-169.
- Spigel, B. (2017). The relational organization of entrepreneurial ecosystems. Entrepreneurship Theory and Practice, 41(1), 49-72.
- Theodoraki, C. (2024). Building entrepreneurial ecosystems sustainably. Foundations and Trends® in Entrepreneurship, 20(4), 384-480.
- Theodoraki, C., Audretsch, D.B. et Chabaud, D. (2023). Advances in entrepreneurial ecosystem and places : time, space and context. Revue de l’Entrepreneuriat, 2(2), 11-25.
