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EntretiensInterviews

Le Japon après Abe ShinzôEntrevue avec Bernard Bernier, anthropologue, Université de MontréalJapan after Abe Shinzô[Record]

  • Éric Boulanger

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  • Éric Boulanger
    Chercheur senior au Centre d’études sur l’intégration et le mondialisation (CEIM) et co-directeur de l’Observatoire de l’Asie de l’Est. https://ceim.uqam.ca/?Observatoire-de-l-Asie, boulanger.eric@uqam.ca

Interventions économiques : Merci, professeur Bernier, d’avoir accepté de nous accorder un peu de votre temps pour cette entrevue. À la suite du long mandat du premier ministre Abe Shinzô, deux premiers ministres lui ont succédé : Suga Yoshihide, de septembre 2020 à octobre 2021 et Kishida Fumio depuis. Est-ce qu’on revient à la pratique de faire une rotation rapide des premiers ministres et est-ce que la longévité politique d’Abe reposait sur un charisme qu’on voit rarement au Japon, du moins en politique ? Bernard Bernier : Je pense qu’il y a deux tendances dans le Parti libéral-démocrate (PLD) au sujet du mandat des premiers ministres. Une première qui concerne certains politiciens comme Sato Eisaku, Nakasone Yasuhiro, Koizumi Junichirô et Abe Shinzô qui ont eu une longévité politique remarquable à titre de premier ministre, mais ils n’étaient pas particulièrement charismatiques. Ils sont même plutôt ennuyants, sauf peut-être pour Nakasone ou Koizumi. Nous avons pu le constater juste à voir comment ces deux chefs, Abe et Koizumi, se comportaient au parlement. Ils étaient, en comparaison de la grande majorité des premiers ministres, excellents pour répondre aux questions de l’opposition et pour débattre, mais ils n’étaient pas des dirigeants flamboyants, peut-être Koizumi dans une certaine mesure, mais c’est tout. On ne parle pas de dirigeants de la trempe de Trump, de Clinton, voire de Macron ou de Trudeau. Les premiers ministres japonais sont des gens assez posés. C’est par le biais de leurs relations personnelles à l’intérieur du monde politique et non pas en raison de leur charisme qu’ils ont pu atteindre les hautes sphères du pouvoir et qu’ils s’y sont maintenus longtemps. Et pas seulement à titre de premier ministre. Ils demeurent des politiciens de carrière dont le pouvoir d’influence s’articule à l’intérieur du PLD. À la différence de bien d’autres premiers ministres de pays démocratiques, les premiers ministres japonais défendent une idéologie nationaliste, ils sont nationalistes ou même ultranationalistes. C’est clair avec Abe qui était manifestement un ultranationaliste. Il était membre d’une association d’extrême droite appelée Nippon Kaigi qui vise le retour au système politique et à l’éducation de l’avant-guerre. Il n’en demeure pas moins qu’il a sorti le pays de la crise, ce que Koizumi a fait également au début des années 2000. Abe a su profiter lorsqu’il a orchestré son retour à la tête du pays en 2012 de la débâcle du Parti démocrate du Japon (PDJ), au pouvoir de 2009 à 2012, dans la gestion des affaires de l’État et plus particulièrement de la triple catastrophe de 2011 (le tremblement de terre, le tsunami et l’explosion de la centrale nucléaire de Fukushima). Interventions économiques : La réforme de l’administration centrale de la fin des années 1990 et du début des années 2000 qui visait, entre autres, le renforcement de l’exécutif, a-t-elle été un succès, d’où la longévité politique d’Abe, où est-ce que ça dépend en fin de compte de l’« homme » qui détient le poste de premier ministre ? Bernard Bernier : C’est la deuxième tendance. Tout dépend de l'homme. Certes, les premiers ministres détiennent des pouvoirs que leurs prédécesseurs d’avant la réforme n’avaient pas, et ça peut aider un premier ministre comme Kishida de se maintenir à son poste malgré sa faible popularité, mais un politicien qui est « faible » à l’intérieur du PLD ne peut se maintenir au pouvoir bien longtemps. On l'a vu avec plusieurs premiers ministres qui étaient des « nullités », mais un premier ministre comme Abe qui avait de la poigne (et il n’y avait pas grand monde pour remettre en question son leadership) peut faire ce qu'il veut …