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Comptes rendus

Poitras, Daniel et Micheline Cambron. L’Université de Montréal. Une histoire urbaine et internationale. Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2023, 576 p.[Record]

  • Serge Jaumain

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  • Serge Jaumain
    Université libre de Bruxelles

Présenter son histoire dans un bel ouvrage illustré, que l’on feuillette avec plaisir en s’attardant sur quelques jolies photos accompagnées de textes convenus, permet à une institution de se présenter sous son meilleur jour. Lorsque cette institution est une université, le livre se doit d’être à la hauteur de la qualité de la recherche qui y est menée, s’éloigner des poncifs traditionnels et faire montre d’une véritable liberté de plume. Ce sont les défis qu’ont relevés les deux chercheurs confirmés qui signent cette première grande synthèse (576 pages !) sur l’histoire de l’Université de Montréal. Micheline Cambron, spécialiste internationalement reconnue de l’histoire culturelle du Québec, se penche sur la période 1635-1919 pour retracer les racines lointaines des universités québécoises, depuis la fondation du Séminaire de Québec en 1663, première institution francophone d’enseignement supérieur en Amérique du Nord, jusqu’à l’émancipation de la succursale montréalaise de l’Université Laval, qui avait vu le jour en 1878. Daniel Poitras, un des meilleurs connaisseurs de l’histoire de l’internationalisation de l’enseignement universitaire, prend le relais pour présenter l’évolution de cette nouvelle université d’abord installée au centre-ville de Montréal avant de le quitter, pendant l’entre-deux-guerres, pour s’établir sur le mont Royal, un pari aussi audacieux que risqué, et qui faillit d’ailleurs ne jamais se concrétiser. Cette belle synthèse, fruit d’un impressionnant travail de recherche, se lit très agréablement et évite le piège d’une histoire institutionnelle de chaque entité de l’Université de Montréal ou de ses grandes figures tutélaires, ou encore de ce que l’on désigne généralement comme les « campus histories », pour lui préférer une approche globalisante, suivant les deux fils rouges annoncés dès le titre : l’évolution des liens, multiples et diversifiés, avec la ville de Montréal, et les stratégies mises en oeuvre pour se positionner au niveau international. On pourrait toutefois y ajouter une troisième trame, qui est sous-jacente à l’ensemble du propos : celle des rapports entre l’institution et l’histoire de la province de Québec en général. À travers 45 chapitres de quelques pages, judicieusement répartis en sept grandes périodes chronologiques, les auteurs revisitent les multiples facettes de l’évolution de l’Université en portant leur attention non seulement sur ses administrateurs, mais aussi, et surtout, sur l’ensemble des membres de la communauté universitaire (professeurs, étudiants, employés), sans négliger les questions polémiques qui animent régulièrement la vie d’une telle institution. Ils mettent à mal quelques idées reçues, comme celle d’une institution qui, jusqu’au début des années 1960, aurait suivi, sans la moindre critique, les directives du haut clergé ou qui aurait vécu, sur le flanc du mont Royal, repliée sur elle-même, en limitant les interactions avec son environnement social et urbain. S’ils consacrent un chapitre au « printemps érable », ils rappellent aussi que la contestation étudiante n’est pas un phénomène nouveau, mais que ceux qui ont porté cette remise en cause des modèles sociaux ont longtemps été des hommes, certes progressistes, mais dont les discours genrés et essentialistes reflétaient une perception très sexiste de la vie universitaire. On comprend d’autant mieux le difficile combat des femmes pour se faire une place dans cet univers très masculin. Les auteurs soulignent ainsi que les étudiantes furent longtemps les laissées-pour-compte de l’historiographie du mouvement étudiant, alors que la plongée dans les archives démontre qu’ici, comme dans les différents secteurs de l’université, elles furent actives, même lorsque leur nombre était encore très limité, pour revendiquer leur place, leur légitimité et leur contribution à la vie universitaire. Le livre analyse le tournant majeur que constitua le choix de quitter le centre-ville pour s’installer sur le mont Royal. Cette décision, doublée d’un geste architectural fort qui marquera le paysage montréalais, …

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