Encore une fois, François Saillant se retrouve dans la rue pour son dernier ouvrage paru chez Écosociété. Le militant notoire propose une étude des luttes pour le logement social au tournant du 21e siècle en retraçant l’histoire du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), groupe étroitement associé à ses oeuvres, puisque c’est en tant que membre et porte-parole de cette organisation qu’il a porté la cause de l’accessibilité au logement pour les plus démunis pendant plus de quarante ans. L’ouvrage s’intéresse donc principalement aux politiques de financement du logement par l’État, telles que l’aide au paiement du loyer et le logement social. Bien qu’elle se présente comme une étude en histoire, cette monographie prend des allures de mémoires ou de chroniques puisque l’auteur participe activement à la plupart des événements décrits. Il emploie ponctuellement l’italique lorsque le discours verse dans le récit personnel. L’adoption d’une division chronologique en 13 chapitres sert à cadrer l’apparition du FRAPRU dans le contexte plus large des luttes pour le logement au Québec et à retracer les grandes étapes de son évolution. Les deux premiers chapitres, épars et sommaires, expliquent l’ère d’avant le FRAPRU avec comme objectif de justifier la naissance du groupe. L’auteur admet volontiers que l’influence marxiste-léniniste de celui-ci est dès lors évidente. Il est d’ailleurs l’unique employé de l’organisation pendant ses premiers mois d’activités alors que le financement provient du ministère de l’Éducation. L’ouvrage se concentre ensuite sur l’évolution de la constitution du groupe, la présentation des principaux objectifs ainsi que les stratégies employées afin d’exercer une pression sur les gouvernements. La méthode préconisée par le FRAPRU consiste à orchestrer des coups d’éclat médiatiques dans le but de publiciser ses revendications. Les militants n’hésitent pas à interpeller les politiciens dans leurs slogans et thèmes de campagne et publient même des photos de leurs résidences privées pour mettre en exergue le décalage entre la situation résidentielle de ces privilégiés et celle des populations qu’eux défendent. Ce type de moyen de pression qui fait entorse aux protections de la vie privée peut faire sourciller le lecteur, comme lorsqu’on apprend qu’ils organisent également des bed-in devant la résidence personnelle de certains ministres pour provoquer une action de leur part. D’une manière générale, les actions menées sont agrémentées de symboles, faisant écho à l’événement fondateur du groupe, soit la présentation d’une pièce de théâtre militante au début des années 1980. Cet événement est la pierre d’assise du mouvement et marque d’une manière définitive l’essence du groupe, qui conserve une dimension artistique et symbolique tout au long de son histoire. En ce sens, les journaux constituent l’une des sources de prédilection de l’auteur puisque la couverture médiatique permet de mesurer l’impact de leurs manifestations. Toutefois, outre la médiatisation de leurs rassemblements, les effets réels de leurs actions demeurent difficilement évaluables. S’il est vrai que leur simple survie doit être considérée comme une victoire, il n’est que peu question de succès ou de gains notables en ce qui concerne leurs objectifs. Il est pourtant indéniable qu’ils ont joué un rôle essentiel de vigile face aux politiques gouvernementales d’habitation ainsi qu’à certains grands projets immobiliers qui, sans eux, se seraient imposés bien plus insidieusement. Les militants du FRAPRU se mobilisent au rythme des calendriers politiques, en particulier celui du gouvernement fédéral, et réagissent aux différents budgets, en particulier les sommes annoncées pour le logement social. L’organisme veille à ce que le gouvernement fédéral prenne des engagements fermes envers les classes populaires aux prises avec des difficultés de logement. L’auteur démontre également que la situation du logement se détériore en présentant l’évolution du pourcentage de la population qui …
Saillant, François. Dans la rue. Une histoire du FRAPRU et des luttes pour le logement au Québec. Montréal, Écosociété, 2024, 256 p.[Record]
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Ian Mercier
Chercheur indépendant
