Some features and content are currently unavailable today due to maintenance at our service provider. Status updates

Note de lecture. Retours d’OctobreAnne Legaré, La crise d’Octobre, le monde et nous (Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2021), 224 p.Guy Lachapelle, Le Devoir et la crise d’Octobre 1970 ou le combat de journalistes démocrates, [nouvelle édition] (Québec, Presses de l’Université Laval, 2020), 290 p.Guy Lachapelle, La crise d’Octobre de 1970. La grande alliance René Lévesque et Claude Ryan, [nouvelle édition] (Québec, Presses de l’Université Laval, 2020), 384 p.Éric Bédard, Chronique d’une insurrection appréhendée. Jeunesse et crise d’Octobre, nouvelle édition (Québec, Septentrion, 2020), 210 p.Bernard Dagenais, La crise d’Octobre 1970 au Québec. Entre la raison et la manipulation (Québec, Presses de l’Université Laval, 2020), 328 p.[Record]

  • Ivan Carel

Chez les historiens et historiennes du Québec, Octobre 1970 fait partie de ces événements qui suscitent, chaque décennie, une attention renouvelée. L’année 2020 ne déroge pas à cette règle implicite des commémorations décennales que Manon Leroux avait déjà analysées dans Les silences d’Octobre (VLB, 2002), avec cependant une légère différence cette fois-ci : les témoins directs se faisant plus âgés, on publie davantage leurs témoignages et impressions, alors que le temps apaise les tensions et permet l’expression de souvenirs encore riches et précieux. Aux fins de cette note de lecture, j’aurais pu cibler plusieurs de ces ouvrages récents, comme celui de Robert Comeau et Louis Gill, ou encore la réédition du classique de Louis Fournier, dont la première version date de 1982. La Revue d’histoire de l’Amérique française m’a plutôt suggéré ces cinq titres, qui peuvent paraître assez disparates dans leurs intentions. Quelques points communs émergent cependant, que je tenterai de faire ressortir ici : le rapport entre médias et politique, la légitimité de la violence ou encore la question générationnelle, tous abordés de près ou de loin dans ces ouvrages. Mais avant de présenter chacun de ces livres, revenons rapidement sur ce que les auteurs et les éditeurs — donc les lecteurs aussi — éprouvent à l’endroit de cet événement phare de la Révolution tranquille. À titre d’enseignant, je ne puis que noter également, comme le fait Louise Bienvenue en préface du livre d’Éric Bédard, la fascination exercée par Octobre 1970 sur les étudiants et étudiantes. Pourquoi cet intérêt ? D’une part, un mystère relatif persiste quant au déroulement exact des événements, part d’ombre à laquelle s’intéressent historiens ou romanciers, au point d’imaginer parfois des intrigues fantastiques. Tous les dossiers ne sont pas encore publics, après tout. Mais une fascination toujours vivace s’exerce aussi parce qu’on assiste ici à un drame plus grand que nature. Alors que Bernard Dagenais (voir ci-après) nous montre très justement à quel point les Québécois perçoivent leur histoire comme un long fleuve tranquille et pacifique, voici qu’éclate l’incompréhensible, forcément étranger, nécessairement fou, hors de « nous ». Une loi d’exception, un assassinat politique, l’armée, 500 personnes emprisonnées, la suspension des droits civils, quelques rares voix dissidentes, une atmosphère digne d’une quelconque république tropicale entre Montréal-Nord et Saint-Hubert… C’est qu’Octobre est à la fois extraordinaire et tout à fait symptomatique de la montée en puissance des tensions nationalistes qui s’étaient manifestées depuis la mort du Chef, Maurice Duplessis, en 1959. La nation est en pleine redéfinition, pas si tranquille, et ce, dans un contexte international, celui des années 1960, d’ébullition. Guerre froide, décolonisations, révolte de la jeunesse, tout cela est bien connu. Octobre, plus de cinquante ans après, alors que ses plus jeunes acteurs baby-boomers sont aujourd’hui largement à la retraite, reste un moment clé de l’histoire québécoise. La « fin de l’innocence », dirait Fernand Dumont, mais aussi le point de bascule qui, ultimement, permettra l’épanouissement d’une pratique politique d’autant plus efficace qu’elle sera moins spectaculaire. Entre l’essai et le témoignage, la professeure de science politique à la retraite Anne Legaré nous livre ici un des ouvrages qui fut le plus remarqué de cette cuvée sur Octobre. Comme nombre d’étudiants de la fin des années 1960, Legaré était membre du Front d’action politique (FRAP) et d’autres mouvements indépendantistes de gauche. Lectrice de Poulantzas et d’Althusser, alors qu’elle poursuit ses études dans le Paris post-Mai 68, elle navigue dans les eaux intellectuelles de la redéfinition d’une « nouvelle-gauche » qui rompt avec le stalinisme et cherche à articuler la révolte des cols blancs aux récits émancipateurs du marxisme classique et révolutionnaire, le tout dans un …

Padlock

Access to this article is restricted to subscribing institutions and individuals; only the abstract or an excerpt is displayed.

Please view our access options for more information.

Access options

Appendices