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Comptes rendus

Fournier, Marcel, La colonie nantaise de Lac-Mégantic. Une implantation française au Québec au XIXe siècle (Québec, Septentrion, 2012), 324 p.[Record]

  • Jean-Pierre Kesteman

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  • Jean-Pierre Kesteman
    Professeur émérite, Département d’histoire, Université de Sherbrooke

L’histoire et la généalogie constituent deux voies d’exploration du passé qu’il est difficile de combiner avec bonheur. Les méthodes de recherche documentaire en sont différentes et l’intégration des micro-histoires familiales dans l’histoire générale de la région concernée exige une grande habileté et pose d’évidents problèmes d’organisation de la matière. Dans ce domaine, Marcel Fournier possède à son actif une belle liste d’études où il marie sa passion pour la généalogie avec l’histoire du peuplement européen et surtout français en Nouvelle-France et au Québec. Pour ce nouvel ouvrage, consacré à l’immigration française (et accessoirement belge et suisse) dans la région de Lac-Mégantic entre 1870 et 1910, il demeure fidèle à une formule bipartite d’exposé, historique d’une part, biographique et généalogique d’autre part. La partie historique de l’ouvrage, bien que non articulée en chapitres numérotés, traite de trois sujets distincts : un « bref » historique de la région de Lac-Mégantic (p. 19-67), l’histoire de la Compagnie nantaise (p. 68-123) et une étude des familles françaises établies dans la région entre 1870 et 1910 (p. 124-142). Malheureusement, le chapitre d’introduction à l’histoire de la région se révèle le moins bien composé. Puisant à plusieurs sources d’époques diverses, Fournier ne parvient pas à présenter au lecteur non spécialiste un tableau clair et succinct de la période envisagée. Le recours à de très longs extraits d’auteurs (70 lignes citées de Stanislas Drapeau [1863]), l’abondance de détails topographiques, pour lesquels une carte plus détaillée aurait été utile, l’intérêt anecdotique de pousser jusqu’en 2011 des notices consacrées à l’évolution des structures administratives et paroissiales de huit municipalités (sans aucun appareil de références) et l’insertion en vrac de listes des noms de commerçants et de notables tirés des bottins des années 1880 à 1910, tout cela fournit beaucoup d’informations, mais de manière plutôt brute que commentée. Le chapitre consacré à la Compagnie nantaise suit l’évolution chronologique d’un acteur majeur dans l’implantation de colons français dans la région. Il s’agit d’un cas assez rare de conjonction d’intérêts démographiques et économiques dans le cadre d’une association réunissant des Canadiens français de l’Estrie et des Français de Nantes. On se rappellera que, sous la présidence de Mgr Antoine Racine, nouvel évêque de Sherbrooke, des notables catholiques de cette ville mettent sur pied en 1880 une entreprise vouée à l’immigration de colons français dans la région du lac Mégantic. Il s’agit de la Société de colonisation des Cantons-de-l’Est, qui sera associée à la Compagnie nantaise (1881-1893). Le factotum du projet est Jérôme-Adolphe Chicoyne, avocat et agent d’immigration. Il fera plusieurs voyages en Europe et s’abouchera avec des notables catholiques de Nantes qui investiront d’importants capitaux privés dans l’entreprise. Si la tentative de développer l’immigration dans le canton de Ditton, associée à un projet de monastère de Trappistes, tournera court, par contre l’établissement de colons dans le canton de Woburn sera plus positive. Ici, la coupe de bois débouche sur l’établissement d’une grande scierie à Lac-Mégantic, dont les profits devaient rentabiliser les coûts reliés à l’établissement de nouveaux arrivants. Malgré de fréquentes injections de capitaux, la Compagnie nantaise sera liquidée en 1893. Elle avait vendu sa scierie en 1886, à la suite de la crise économique de 1884. L’histoire de la Compagnie nantaise elle-même (p. 68-91), de ses difficultés financières et des relations tumultueuses entre Chicoyne et les actionnaires nantais est bien menée. En fait, Fournier reprend à toutes fins utiles (et parfois de très près) l’exposé qu’en a fait, il y a plus de trente ans, l’historien John I. Little dans un article de la RHAF publié en 1978. L’auteur ne s’en cache d’ailleurs pas qui, dès le titre de …