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Introduction : la Nouvelle-France et l’Atlantique[Record]

  • Catherine Desbarats and
  • Thomas Wien

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  • Catherine Desbarats
    Université McGill

  • Thomas Wien
    Université de Montréal

Port-Royal et Québec, Plaisance et La Mobile (Fort Louis de la Louisiane), Louisbourg et La Nouvelle-Orléans – ces paires de toponymes désignent des pôles successifs de l’implantation française en Amérique septentrionale aux XVIIe et XVIIIe siècles. Les évoquer, c’est immobiliser provisoirement, sur la carte de cette Amérique encore largement amérindienne, une Nouvelle-France au sens étendu du terme. Pour expliquer les « déplacements » de l’ensemble, l’histoire a longtemps privilégié, comment pouvait-il en être autrement, l’action des colonisateurs et des colons. Elle a insisté, plus précisément, sur le jeu des puissances européennes rivales – l’Acadie perdue, la Louisiane gagnée, etc. – et le dynamisme des Français d’Amérique, les Canadiens en tête. Elle insérait ce mouvement globalement expansionniste dans un schéma plus général dont les deux phases se chevauchaient : le déploiement colonial en terre américaine et l’émergence de peuples créoles appelés à gagner en autonomie et, si les astres étaient bien alignés, à accéder à l’indépendance. L’histoire coloniale trouvait là son substrat métahistorique. À l’enracinement progressif des colons correspondait leur éloignement progressif de l’Europe, les deux phénomènes étant inscrits dans le cours « naturel » de l’histoire. Ce n’est pas depuis hier que les bases de ce récit téléologique, en symbiose avec le développement de l’État-nation du XIXe siècle et au-delà, ont été minées, pour l’ensemble des Amériques d’ailleurs. Minées par des sensibilités changeantes, sans doute, mais aussi par de nouvelles manières d’écrire l’histoire coloniale. L’histoire sociale qui vers 1970 s’est intéressée aux existences individuelles cachées par les archétypes populaires, a insisté sur les clivages au sein du peuple créole. C’était dépeindre une entreprise coloniale déjà plus compliquée. Et l’élan d’inclusivité de cette histoire favorisait à la longue l’élargissement de l’enquête aux Amérindiens et Africains qui, esclaves, domiciliés ou libres, fréquentaient de près les colons dans leurs principaux établissements. L’histoire traditionnelle les avait pourtant marginalisés. Cette curiosité envers l’Autre se recoupait et se confondait parfois avec celle d’un autre courant de recherche. D’abord liée aux revendications territoriales des Amérindiens des États-Unis au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, l’ethnohistoire s’est peu à peu dotée d’un ensemble de techniques visant à faire parler le non-écrit et à faire parler autrement l’écrit légué par la colonisation. Le but : insérer les premiers peuples dans l’histoire coloniale et, de plus en plus, faire le contraire, c’est-à-dire peser le rôle que la colonisation a joué dans l’histoire amérindienne. De par ses méthodes, ses argumentaires et ses publics, cette histoire demeure polyphonique, par-delà la variété des situations et des trajectoires qui caractérise la mosaïque amérindienne qu’elle a prise sous la loupe. Une impression d’ensemble se dégage néanmoins de ces travaux : jusque dans ses zones d’intense peuplement français, la Nouvelle-France est le cadre d’interactions franco-amérindiennes ; dans une bonne partie de ce territoire aux frontières floues, la présence française, loin d’aller de soi, est conditionnelle, à négocier et à renégocier. Privant ainsi la marche de la colonisation de son caractère d’abord perçu comme étant naturel, cette histoire modifie aussi la temporalité du récit traditionnel. En soulignant la durable autonomie amérindienne dans la majeure partie de la zone revendiquée par la France, elle incite à mettre de côté le telos de l’écartement des Amérindiens, image-miroir du progrès colonial. Entre-temps, un autre ensemble hétéroclite de travaux s’est mis à interroger la sphère atlantique, rompant ainsi avec une histoire traditionnelle davantage encline à la traverser. Il nous intéressera davantage ici. Encore une fois, le changement historiographique s’explique en partie par les curiosités de l’histoire coloniale, laquelle en s’intéressant aux migrations transatlantiques, au commerce maritime, ou à la circulation des représentations, se tournait vers l’Europe, voire l’Afrique. …

Appendices