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Comptes rendus

PAQUET, Gilles, Tableau d’avancement. Petite ethnographie interprétative d’un certain Canada français (Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 2008), 234 p.[Record]

  • Michel Bock

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  • Michel Bock
    Département d’histoire, Université d’Ottawa

Cet ouvrage de Gilles Paquet regroupe onze études rédigées entre 1989 et 2004, quoique retravaillées depuis, et visant à présenter au Canada français un « tableau d’avancement » semblable à ces « bulletins incomplets et maladroits qu’on remet aux élèves pour prendre une certaine mesure de leur “progrès” » (p. ii). Décidément, l’élève canadien-français qui recevra ce bulletin devra mettre un peu plus de coeur à l’ouvrage s’il n’entend pas doubler son année scolaire. Depuis la Révolution tranquille, nous dit Paquet, le Canada français a cédé à la médiocrité en plaçant tous ses espoirs dans le rouleau compresseur de l’État, qui a favorisé la détérioration de son « capital social » et sérieusement réduit son dynamisme et sa capacité à assurer sa propre croissance. On reconnaît aisément, à la lecture de ce recueil, l’auteur d’Oublier la Révolution tranquille (Liber, 1999) : le style est vif, la thèse est forte. Paquet divise son ouvrage en trois grandes parties. La première, « Anamorphoses politiques », regroupe des études portant sur l’oeuvre de trois premiers ministres, Maurice Duplessis, Daniel Johnson père et Robert Bourassa ainsi qu’un texte sur la nationalisation de l’hydro-électricité par le gouvernement Lesage. La seconde, « Anamorphoses intellectuelles », aborde la pensée de quatre intellectuels, André Laurendeau, Hubert Guindon, Marcel Rioux et Fernand Dumont. La dernière partie, « Institutionnellement parlant », propose des réflexions sur le mouvement Desjardins et le phénomène « Québec inc. », la commission Pépin-Robarts et, dans le tout dernier article, le seul portant sur le Canada français « hors Québec », la crise de l’hôpital Montfort en Ontario. Cet ouvrage, évidemment, n’a rien d’une monographie, ce qui ne signifie pas pour autant qu’il soit dépourvu de cohérence, bien au contraire. Les hommes politiques, intellectuels et autres acteurs qui passent sous la loupe de Paquet sont évalués à l’aune de leur volonté de mettre en valeur la sociabilité traditionnelle du Canada français, celle qui, affirme-t-il, avait fait de ce dernier une communauté solidaire, capable de créativité et de débrouillardise et suffisamment autonome pour à tout le moins limiter l’« intrusion » excessive de l’État gestionnaire dans le processus de création de la richesse collective. L’auteur cherche à valoriser la « culture anthropologique », définie comme un « ensemble d’habitus […] qui médiatisent les relations (entre acteurs, et entre acteurs et environnement) et aident à coordonner leurs actions ». « Le Canada français, ajoute-t-il, peut donc être défini comme un ensemble de pratiques empiriques (privées, publiques et civiles) […] c’est-à-dire comme la cristallisation de ces habitus en manières de voir, manières d’être, règles, normes, croyances, coutumes, patterns de réactions, etc., plus ou moins caractérisés » (p. 2). Ce parti pris « anthropologique » conduit l’auteur à conspuer – et le mot n’est pas trop fort – tous ces faiseurs de « culture seconde », qui proposent à tour de rôle des représentations abstraites et désincarnées de l’identité collective, des représentations unidimensionnelles en rupture avec la culture canadienne-française « réelle » et avec l’environnement immédiat dans lequel évoluent et vivent, concrètement, les individus membres de la communauté. Dans l’arène politique cet anti-élitisme prend la forme d’une critique virulente des partisans de l’étatisme, doctrine qui n’aurait eu d’autre conséquence, aux yeux de Paquet, que la dissolution de la sociabilité qui, à la base de la communauté, avait engendré des réseaux socio-économiques reposant sur le principe de la solidarité, tout en permettant aux forces créatives individuelles de s’exprimer librement. Parmi les récipiendaires des quelques rares notes de passage que décerne Paquet se trouvent Duplessis, Johnson père et Laurendeau. Il pourrait sembler étrange d’inclure dans la même catégorie le premier ministre …