En 1922, le gouvernement, dirigé par le premier ministre libéral Louis-Alexandre Taschereau (1867-1952), dépose la Loi des monuments historiques ou artistiques. Ce texte identifie, dans son préambule, les intentions originelles de l’État quant à la sauvegarde et à la mise en valeur des biens culturels : La Loi étant adoptée et sanctionnée en mars 1922, le gouvernement met en place la Commission des monuments historiques composée du sous-secrétaire de la province nommé d’office, Charles-Joseph Simard (1877-1931), auquel s’ajoute Adélard Turgeon (1863-1930), conseiller législatif et premier président de l’organisme. Quatre autres membres sont nommés, se distinguant par leur appartenance à des associations déjà préoccupées de conservation : Victor Morin (1865-1960), notaire, président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et de la Société historique de Montréal ; Édouard-Zotique Massicotte (1867-1947), avocat, archiviste aux Archives judiciaires de Montréal et président de la Société de Folklore ; William Douw Lighthall (1857-1954), avocat et président de la Société d’archéologie et de numismatique de Montréal ; ainsi que Pierre-Georges Roy (1870-1953), directeur-fondateur du Bulletin des recherches historiques et premier archiviste de la province. Au cours des six années qui suivent, la Commission entreprend la fonte et l’installation de plaques commémoratives installées dans les espaces publics, publie quatre importants ouvrages illustrés, commande des sculptures de héros nationaux, etc., toutes des réalisations qui seront notamment saluées pour leurs valeurs patriotique et éducative. C’est ce qu’en retiendra l’historiographie, alors que l’on présentera généralement l’organisme comme le gardien des traditions canadiennes-françaises à une époque marquée par les idéologies de conservation et de résistance à l’industrialisation et à la menace culturelle américaine (figure 1). Au cours des dernières années, soulignons toutefois que ce rôle traditionnel a été nuancé. En effet, dès 1997, l’historien Charles Deblois-Martin rappelait brièvement que la multiplication d’inscriptions historiques aux abords des grandes routes du Québec s’interprétait comme un geste précurseur de la mise en relation entre le patrimoine et le tourisme. Depuis, on reconnaît, sans plus de détails, la participation de la Commission au développement touristique de la province. Cela dit, la nature de cette implication demeure encore marquée par la méconnaissance des desseins des commissaires et du Secrétariat de la province qui chapeaute l’organisme. De fait, la Loi de 1922, constituant un discours d’intention, souligne seulement un enjeu de préservation. De même, les ouvrages de la Commission, réalisés entre 1923 et 1928, présentent plutôt un discours antimoderniste qui, a priori, s’accorde mal avec un désir d’attirer en grand nombre des touristes américains, lesquels sont souvent perçus comme des hérauts de la vie industrielle, de l’american way of life, doublés de pilleurs d’antiquités. Pourtant, l’étude des archives, de même que la lecture des discours officiels de l’organisme et du secrétaire de la province Louis-Athanase David (1882-1953), permettent de mieux cerner l’importante place accordée au tourisme. Tout en mettant en lumière cet aspect du discours longtemps évité par l’historiographie - afin de privilégier les nobles objectifs anticipés de conservation -, nous entreprendrons une lecture touristique de leurs travaux, en les situant et en les interprétant dans un contexte marqué par l’émergence d’un tourisme itinérant de masse. Réalisation la plus manifeste d’une relation au tourisme, la création de plaques commémoratives fait partie des premiers projets de la Commission. Ainsi, dès sa seconde assemblée tenue le 6 octobre 1922, elle étudie « l’idée de placer des plaques commémoratives sur les sites historiques qui se rencontrent le long de nos routes de campagne si fréquentées aujourd’hui par les automobiles ». Le premier rapport de l’organisme précise même que « ces inscriptions, rédigées dans les deux langues, signaleraient aux étrangers les sites d’un intérêt historique ». En 1923, …
« Nos routes se couvrent de touristes à la recherche de nos reliques du passé »Les débuts de la Commission des monuments historiques (1922-1928)[Record]
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Pierre-Olivier Ouellet
Département d’histoire de l’art, Université du Québec à Montréal
