Cet ouvrage collectif compilé par Greg Donaghy, historien au ministère des Affaires étrangères et du Commerce international, fait suite à un colloque tenu en novembre 1997 afin de marquer le trentième anniversaire du premier volume de la série Documents relatifs aux relations extérieures du Canada (DREC), fruit des liens serrés qui se sont tissés après la Seconde Guerre mondiale entre ce ministère et le monde universitaire. Pour l’occasion, on a demandé à quelques-uns des spécialistes de la politique étrangère canadienne les plus renommés de se prononcer sur des thèmes reliés aux réalisations de la diplomatie canadienne au cours de la période que l’on considère ici comme étant son « âge d’or », soit les années couvrant la fin de la Seconde Guerre mondiale et la première décennie de la guerre froide. Les entreprises de diffusion des connaissances en matière de politique étrangère, telles celle qui est à l’origine de la publication du présent volume, tirent leur source dans les efforts déployés afin de mobiliser la population canadienne au cours de la Deuxième Guerre mondiale, présentée alors comme une lutte des sociétés ouvertes et démocratiques contre le totalitarisme. La conviction du gouvernement fédéral de la valeur et de l’importance de l’information publique sera par la suite renforcée par le développement de la guerre froide opposant le Canada et ses alliés à un nouvel ennemi totalitaire : l’Union soviétique. Les réalisations économiques, militaires et politiques du Canada au cours de la guerre contre les forces de l’Axe puis lors de la première décennie de la guerre froide alimentant un nouveau type de nationalisme canadien, il se fit jour, dans les milieux de la politique étrangère, dont une part non négligeable des dirigeants avaient été depuis le milieu des années 1920 recrutés chez les historiens universitaires, la conviction que le Canada devait déployer tous les efforts nécessaires pour atteindre « le même degré de raffinement culturel » que les grandes puissances avec lesquelles il avait accru la fréquence et la profondeur de ses contacts. D’où l’importance alors conférée à un projet documentaire calqué sur les modèles américain et britannique. La Seconde Guerre mondiale ayant démontré qu’il était désormais impossible pour le Canada de se retrancher à l’abri de la sécurité relative conférée par la position géographique du continent nord-américain, un goût marqué pour l’internationalisme est apparu dans les hautes sphères politiques, militaires et économiques du pays. Sorti plus fort et plus indépendant que jamais du conflit, le Canada avait alors été propulsé au premier rang des maîtres d’oeuvre des efforts visant à mettre en place de nouveaux mécanismes régissant la sécurité collective et le commerce international dans le contexte inédit de la bipolarité. C’est ainsi que, selon Donaghy, le style diplomatique empreint à la fois d’idéalisme, d’imagination et de pragmatisme « créé » par Louis S. Saint-Laurent et Lester B. Pearson amènera le Canada, au cours des années 1950, à tirer profit de son statut de moyenne puissance sans passé colonial ou d’agresseur pour s’illustrer dans le rôle de médiateur. Comme le démontrent les textes faisant partie de l’ouvrage collectif dont il est ici question, plusieurs historiens et politologues mettent toutefois en doute l’émergence soudaine d’une politique étrangère canadienne originale et indépendante après 1945 et minimisent ainsi l’influence de Saint-Laurent et Pearson. Se démarquant de la plupart des collaborateurs à l’ouvrage, Stéphane Roussel soutient que l’idéalisme des chefs de la diplomatie canadienne qu’il qualifie de « kantien » (en référence au Projet de paix perpétuelle du philosophe allemand) eut un impact décisif sur la définition canadienne de la nature que devait revêtir la « communauté nord-atlantique » lors des pourparlers qui menèrent …
DONAGHY, Greg, dir., Le Canada au début de la guerre froide 1943-1957/Canada and the Early Cold War 1943-1957 (Ottawa, Ministère des Affaires étrangères et du Commerce international, 1998), 255 p.[Record]
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Dominique Desrosiers
Département d’histoire
Université de Montréal
Université de Paris-Sorbonne (Paris IV)
