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Pierre George (1909-2006)[Record]

  • Hubert Charbonneau

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  • Hubert Charbonneau
    Université de Montréal

Né à Paris, le géographe Pierre George, qui aurait eu 97 ans le 11 octobre, est décédé le 9 septembre 2006 à son domicile de Châtenay-Malabry, en banlieue parisienne. C’était un homme d’une intelligence, d’une vitalité et d’une culture exceptionnelles. C’était, plus encore, un enseignant hors pair. Il se fait tôt remarquer lors de ses études, quand, à la suite de sa licence en sciences, il arrive premier à l’agrégation d’histoire et de géographie, à l’âge extrêmement précoce de 20 ans, de sorte qu’il est à peine plus âgé que ses élèves quand il se voit nommé professeur au Prytanée militaire de La Flèche. Quelques années plus tard, il soutient sa thèse de doctorat d’État à l’âge inusité de 25 ans, à une époque où l’école française de géographie est à son apogée et où les docteurs en ce domaine obtiennent leur diplôme dans la quarantaine, voire plus tardivement encore. Pierre George sera professeur de lycée pendant 16 ans. Après avoir enseigné pendant deux ans à Lille, il est nommé à la Sorbonne, où il sera rapidement promu au rang de professeur titulaire de géographie humaine, poste qu’il occupera durant un quart de siècle. J’ai eu le privilège de suivre quelques-uns de ses cours à partir de 1958, quand il était en quelque sorte au sommet de sa remarquable carrière. Je me souviens en particulier du cours de géographie économique qu’il donnait le samedi matin à l’Institut de géographie de la rue Saint-Jacques. Il arrivait à l’heure précise, déposait devant lui quelques feuillets qu’il ne consultait jamais et procédait ensuite à un cours proprement magistral, d’une rare clarté, citant pourtant des dizaines de chiffres, tantôt sur la production du charbon ou du pétrole dans telle ou telle contrée, tantôt sur les échanges commerciaux dans les divers continents ou le revenu par habitant de différents pays. On entendait voler les mouches dans le vieil amphithéâtre bondé. Et quand le maître, au terme d’une heure exacte, quittait la salle, après avoir exposé ce qu’il avait à dire, ni plus ni moins, des applaudissements aussi spontanés que nourris éclataient invariablement, tant les jeunes étudiants pourtant prompts à la critique que nous étions ne pouvaient que s’incliner devant la performance pédagogique à laquelle ils avaient eu la chance d’assister. À l’époque du Front populaire, de la guerre civile espagnole et de la montée du fascisme en Europe, Pierre George, comme tant d’autres jeunes intellectuels, s’inscrit au Parti communiste. Ayant appris le russe, il a le privilège de parcourir l’U.R.S.S., dont il devient le spécialiste par excellence en son domaine. La géographie de ce vaste pays constitue justement la matière du cours qu’il donne vers 1960 à l’Institut d’études politiques, où il enseignera également pendant plus de trente ans. Mais l’homme n’est nullement doctrinaire et son enseignement reste essentiellement pratique et normalement objectif. On cherchera vainement dans son immense production, plus de 60 livres totalisant au-delà de 14 000 pages, la trace d’une tendance à convertir le lecteur à une quelconque théorie, qu’il s’agisse du marxisme ou de tout autre système de pensée. Très longtemps, il joue aux Presses Universitaires de France un rôle d’éditorialiste pour tout ce qui touche de près ou de loin à la géographie. Il écrit de nombreux Que-sais-je ? principalement sur des sujets de géographie économique : Géographie agricole du monde, Géographie industrielle du monde, Les grands marchés du monde, L’économie des États-Unis, L’économie de l’U.R.S.S., etc. Il écrit beaucoup aussi sur le fait urbain de même que sur les pays de l’est de l’Europe. Le géographe a une vision planétaire des choses. Ses travaux à l’Académie des sciences …

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