Je suis une artiste visuelle qui conçoit des projets traitant de la relation complexe et particulière que le regard occidental entretient avec ce que l’on appelle communément la « nature ». Artiste multidisciplinaire, j’interroge à travers mon travail la « crise de la sensibilité », une perte de lien au monde, qui nous mène à vivre le vivant en tant que ressource et décor. Je m’intéresse aux images et j’examine comment elles participent à notre perception de la réalité et fournissent un système de pensée et de catégorisation qui nous aide à naviguer à travers un monde chaotique, tout en le tenant à distance. Beaucoup de mes oeuvres explorent les différents langages et usages de la photographie, en particulier dans un contexte vernaculaire, étudiant ce médium en tant qu'expérience sensorielle, mais également pour sa nature factuelle, illusoire et immersive. En 2022, j’ai collaboré au projet Ressac/re avec le curateur et metteur en scène Stéphane Ghislain Roussel, y présentant Ensemencement, une installation modulable constituée de drapeaux qui dispersait des graines au gré du vent pour, en finale, se transformer en chapiteau accueillant une agora participative constituée d’artistes, de chercheurs, de scientifiques et d’activistes à Esch-sur-Sûre (Luxembourg). Artiste en résidence à la Fonderie Darling à Montréal, en 2023, j’ai alors mené une réflexion autour de l’extinction et de la solastalgie. En 2024, mon projet de recherche Veil of Nature a fait l’objet d’une publication par l’éditeur berlinois K. Verlag ainsi que d’une exposition au Jardin botanique de l’Université de Tartu (Estonie) dans le cadre du programme The Arts of Survival de Tartu Capitale Européenne de la Culture, une proposition commissariée par Fanny Weinquin. J’ai participé à ses côtés au symposium Traces of extinction: Species Loss, Solastalgia, and Semiotics of Recovery, organisé par l’Université de Tartu en juin 2024, un projet coorganisé par Sara Bédard-Goulet et Timo Maran. Je viens d’exposer au sein de l’exposition collective Missing, commissariée par Marie-Laure Delaporte et Sara Bédard-Goulet à la Maison des Arts de Tartu et je suis en train de développer avec le mouvement écocitoyen CELL le projet L’arbre qui cache la forêt, dans le cadre de la LUGA (Luxembourg Urban Garden), une exposition temporaire autour des jardins urbains qui aura lieu en 2025 au Luxembourg et durant laquelle je développe une installation qui accueillera une assemblée citoyenne autour du droit des arbres. Je vis au Luxembourg et je suis titulaire d'un diplôme national supérieur d’expression plastique de l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg et d’un Master of Arts du Wimbledon College of Arts, University of the Arts London. Espèce endémique de l’archipel des Galápagos, le Sicyos villosus faisait partie des plantes que Charles Darwin a rapporté de son voyage sur le Beagle (1831-1836). Ce membre de la famille des Cucurbitacées est aujourd’hui considéré comme une espèce éteinte. Il ne reste qu’un seul spécimen, conservé à l’herbier de l’université de Cambridge, où se trouve toute la collection botanique de Darwin. Après avoir lu qu’un groupe de scientifiques espérait redonner vie au Sicyos villosus à partir des graines et de l’ADN du spécimen, j’ai commencé à étudier ce désir de conservation, de résurrection et de préservation. À travers le projet Veil of Nature (The De-extinction project), je mets en exergue notre nature à vouloir cumuler des choses, en relation avec l’extinction des espèces ainsi qu’avec un sentiment spécifique de deuil. L’objectif est de maintenir les écosystèmes en bon état, ainsi que de rectifier les différentes disparitions et dégradations subies. Cependant, ce souhait est également lié à une notion de perte, voire à un déni de mort. Il semble également être redevable d’une représentation …
Le Sicyos villosus, espèce éteinte, face au désir de conservation et de résurrection[Record]
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Justine Blau
Artiste plasticienne, Luxembourg
www.blaujustine.com
