Dans le cadre d’un projet de recherche conduit depuis 2022 portant sur le développement de la pensée politique des élèves au secondaire (Lemieux et Simard, 2019; Fortier-Chouinard, Lemieux et Delobbe, accepté), nous avons rencontré 495 élèves pour les interroger entre autres sur leur vision et leur intérêt à l’égard de la politique. Issus de quatre écoles, les élèves étaient alors amenés à répondre à la question suivante : Quand tu penses à la politique, quelles sont les choses qui te viennent à l’esprit ? Que signifie la politique pour toi ? L’objectif de la question était alors de relever les représentations sociales spontanées des élèves lorsque nous les interrogeons sur leur vision du ou de la politique. L’analyse des réponses, menée avec le logiciel Nvivo, a suivi une méthodologie en trois étapes : codage ouvert (concepts émergents regroupés en codes liés aux acteurs, rôles et activités politiques), codage axial (restructuration des catégories selon des indicateurs positifs, négatifs ou mixtes) et codage sélectif (centrage sur la démocratie et la gouvernance). L’occurrence des mots utilisés par les élèves dans leurs réponses évoque d’emblée la politique active, principalement celle des politiciens et politiciennes prenant part aux élections et aux travaux parlementaires ou, encore, au gouvernement. Certes apparaissent quelques concepts plus fondamentaux comme celui de « pouvoir » (43), de « démocratie » (18) ou de « conflits » (14), mais il demeure que ceux de « gouvernement.s » (101), de « loi.s » (56) ou d’« élections » (28) sont clairement en tête de liste. Sans surprise, également, nous observons l’apparition de secteurs liés au politique, comme la « guerre » (16) ou l’« économie » (15), ainsi qu’une certaine personnification du politique autour de mots comme « Legault » (17), « Trudeau » (9), « politiciens » (38) ou « présidents » (23). Élément notoire : le « gouvernement » est presque autant abordé dans un contexte positif (18) que dans un contexte négatif (13). Les extraits suivants expriment tour à tour ces trois cas d’espèce : La même observation s’applique à l’égard des personnalités politiques : Cet aspect plus mitigé d’une réponse à l’autre est toutefois moins visible à l’égard des concepts davantage fondamentaux, lesquels sont nettement plus positifs. Voilà quelques résultats obtenus par l’entremise des codes développés autour du concept de démocratie : Ainsi, nous relevons presque exclusivement des extraits positifs comme le suivant : Néanmoins, toutes et tous ne voient pas d’un bon oeil le « débat » ou, du moins, le ton des débats : Ce genre d’extrait s’apparente à plusieurs autres relevés dans le code rattaché aux concepts de « gouvernance » et de « pouvoir ». Une analyse du contenu a permis de dégager les éléments clés et de faire émerger des thèmes centraux liés à la gouvernance et au pouvoir. Une fois cette première étape achevée, le matériel a été segmenté en unités significatives afin de faciliter un examen détaillé et de mieux relever les motifs récurrents. Ces variations et récurrences ont ensuite été analysées pour constituer des répertoires thématiques, représentant des sous-thèmes, comme illustré dans le tableau suivant. Parmi les sous-codes les plus négatifs apparaissent ceux relatifs à la manipulation et au contrôle de la population, à la corruption et à l’égo des politicien.ne.s. Les extraits suivants illustrent bien cette posture : Finalement, de façon tout à fait remarquable, nous observons que le code le plus présent est celui relatif au rôle du politique quant à la « prise de décision ». Si nous n’hésitons pas à qualifier ce résultat de remarquable, c’est parce que la prise de décision représente sans aucun doute l’un …
Appendices
Bibliographie
- Connell, R. (1971). The child’s construction of politics. Melbourne, Victoria : Melbourne University Press.
- Fortier-Chouinard, A., Lemieux, O. et Delobbe, A.-M. (accepté). Inclure les élèves dans la prise de décision en milieu scolaire : portrait des rôles, des pratiques et des acteurs des instances participatives des élèves au sein des écoles québécoises membres du programme Vox populi. Éducation et francophonie.
- Lemieux, O. et Simard, D. (2019). Pour une pensée politique à l’école : problématique et fondements théoriques. Éducation et francophonie, 47(2), p. 45-65. https://doi.org/10.7202/1066447ar
- Padioleau, J.-G. (1976). Les codes politiques. Notes de recherche, 3, 1-42.

