Des recherches en évaluation des apprentissages soulignent la complexité de l’exercice du jugement évaluatif du corps enseignant (Hébert et Frenette, 2023). Ce défi est particulièrement marqué chez les enseignant.e.s de français du secondaire qui se disent souvent démuni.e.s en ce qui concerne l’évaluation de productions écrites (Garcia-Debanc, 2018), et ce, malgré l’existence de cadres d’évaluation et de grilles modèles découlant des épreuves ministérielles. Pour soutenir le développement de la compétence en écriture des élèves par le biais de l’évaluation en soutien à l’apprentissage, des auteurs (Colognesi et al., 2022) recommandent d’examiner de plus près le plan didactique du rapport à l’écriture (PDRÉc) de ces enseignant.e.s, ainsi que leur rapport à l’évaluation de l’écriture (RÉv). Dans le cadre de notre thèse doctorale (Smith, 2024), nous avons interrogé les liens entre le PDRÉc et le RÉv à titre de pistes de compréhension du malaise évaluatif ressenti par les enseignant.e.s de français en contexte d’évaluation de l’écriture. Cette étude de cas multiples (n = 9) a fait appel à des enseignant.e.s de français du secondaire oeuvrant au Québec. Des entretiens semi-dirigés de 90 minutes ont permis de documenter les quatre dimensions du PDRÉc et du RÉv (investissement, axiologique, conceptuelle et praxéologique). Les résultats obtenus ont permis d’observer quatre types de liens entre le PDRÉc et le RÉv, soit d’harmonie, de doute, d’anticipation et d’insatisfaction. De ces liens ont émergé quatre profils : l’enthousiaste, le stratégique, le craintif et le revendicateur. Le profil enthousiaste se caractérise par des sentiments favorables envers l’enseignement et l’évaluation de l’écriture. L’enthousiaste se dit motivé par l’enseignement de l’écriture et trouve gratifiant d’observer les progrès de ses élèves par le biais de l’évaluation. Ce profil accorde une grande importance à l’enseignement de l’écriture, voyant sa valeur pour l’enrichissement culturel, la crédibilité sociale et, surtout, le développement du plaisir d’écrire des élèves. L’enseignant.e s’identifiant à ce profil valorise la créativité et la réécriture dans le cadre de son enseignement et n’hésite pas à offrir aux élèves la possibilité de retravailler leurs textes, et ce, même après l’évaluation initiale. Ainsi, l’enthousiaste adapte volontiers ses pratiques évaluatives en fonction du contexte d’écriture, et cherche avant tout à ce qu’il découle des liens d’harmonie entre l’enseignement de l’écriture et l’évaluation qu’elle requiert. Le profil stratégique se distingue par des sentiments défavorables au regard de l’enseignement et de l’évaluation de l’écriture. Les enseignant.e.s de ce profil, oeuvrant en 5e secondaire, expliquent que leurs sentiments sont en grande partie provoqués par la pression exercée par la passation de l’épreuve unique obligatoire, soit la rédaction d’un texte argumentatif représentant 50 % de la note finale en écriture au bulletin des élèves. Le profil stratégique reconnait ainsi que son approche didactique et sa manière d’évaluer l’écriture sont teintées par un climat anxiogène qu’il juge inévitable compte tenu de la pression des enjeux certificatifs auxquels il est confronté. Il cherche donc à guider ses élèves en valorisant la cohérence, la culture et la maitrise du code, éléments évalués dans le cadre de l’épreuve ministérielle. En conséquence, les pratiques d’enseignement du profil stratégique sont majoritairement orientées vers les exigences de l’évaluation certificative, accordant une place prépondérante à l’enseignement du texte argumentatif dans sa planification. À la lumière de cette dynamique, on reconnait des liens d’anticipation au coeur du PDRÉc et RÉv du stratégique. Le profil craintif partage de nombreux traits avec le stratégique, notamment des sentiments anxiogènes par rapport à l’enseignement et à l’évaluation de l’écriture influencés par les exigences des épreuves ministérielles. Le profil craintif valorise l’enseignement des textes courants, encouragé par les attentes des examens certificatifs. Comme le stratégique, ce profil valorise la cohérence et la …
Appendices
Bibliographie
- Barré-De Miniac, C. (2008). Le rapport à l’écriture : une notion à valeur heuristique. Le rapport à l’écrit : un outil pour enseigner de l’école à l’université, 12, 11-23.
- Blaser, C., Lampron, R. et Simard-Dupuis, É. (2015). Le rapport à l’écrit : un outil au service de la formation des futurs enseignants. Lettrure, 3, 51-63.
- Colognesi, S., Courty, B. et Niwese, M. (2022). Conceptions et pratiques d’écriture des enseignants de collège. Dans M. Niwese (dir.), L’écriture du primaire au secondaire, du déjà-là aux possibles. Résultats du projet ÉCRICOL (p. 131-145). Peter Lang.
- Garcia-Debanc, C. (2018). Évaluer les productions écrites : enjeux, critères, points de vigilance. Dans Brissaud, C., Dreyfus, M., et Kervyn, B. (dir.), Repenser l’écriture et son évaluation au primaire et au secondaire. Presses universitaires de Namur.
- Hébert, M.-H. et Frenette, E. (2023). Les croyances des futurs enseignants québécois à l’égard de l’évaluation : quelle structuration, quelle évolution ? Formation et profession, 31(1), 1-12.
- Smith, J. (2024). Liens entre le plan didactique du rapport à l’écriture et le rapport à l’évaluation de productions écrites : étude de cas multiples d’enseignants de français du secondaire. [thèse de doctorat, Université du Québec en Outaouais]. Papyrus.

