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Recensions

Annette Boudreau, Insécurité linguistique dans la francophonie, Ottawa, Les Presses de l’Université d’Ottawa, coll. « 101 », 2023, 76 p.[Record]

  • Glenn Moulaison

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  • Glenn Moulaison
    Université de Winnipeg

En tant que locuteur vivant dans la « périphérie » de la francophonie (au Manitoba) et ayant l’accent très marqué (du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, Midi de l’Acadie), je me sens très concerné par cet ouvrage. L’« insécurité linguistique », un phénomène dont on entend parler de plus en plus depuis quelques années, autant dans les médias que dans le milieu universitaire, est cette « forme de malaise […] lié à la crainte de ne pas parler sa langue comme il se doit ou selon la norme prescrite dans certaines situations » (p. 1). Vivre l’insécurité linguistique, pour celles et ceux (d’entre nous) qui pratiquent (à l’oral) une forme de la langue qui n’est pas « standard », c’est un peu ériger en Vaugelas remarqueur un Autre que l’on pense mieux parlant. Ayant à assumer tant bien que mal le discours péjoratif sur sa langue qui ne cesse de circuler autour de soi et à supporter les effets discriminatoires de la « glottophobie », on parvient souvent à s’auto-stigmatiser, à devenir trop sensible, à ressentir de la honte, même à se taire. On ne pourrait être mieux placé qu’Annette Boudreau pour écrire ce petit ouvrage. Sociolinguiste et professeure émérite de l’Université de Moncton, lauréate de nombreux prix célébrant l’ensemble de ses travaux de recherche, dont le prix du Centre de recherche sur les francophonies canadiennes 2024 et le prix Acfas Gilles-Paquet 2023, Boudreau s’intéresse au phénomène de l’insécurité linguistique, dans la francophonie en général, mais en Acadie en particulier, depuis des décennies. En fait, tel qu’elle le rapporte elle-même, elle a mené en 1989, avec sa collègue Lise Dubois, « la première recherche réalisée en Acadie sur le sujet » (p. 22), et en 1993, elles en ont présenté les résultats au premier colloque sur l’insécurité linguistique (dans les communautés francophones périphériques), à l’Université Louvain-la-Neuve. En rédigeant Insécurité linguistique dans la francophonie, Boudreau a pu puiser aux meilleures sources en la matière, c’est-à-dire ses connaissances et ses travaux, pour nous proposer la lecture d’une oeuvre « grand public » qui, comme le veut la tradition, se trouve tout à fait à la portée de non-spécialistes qui voudraient se faire une idée de la question, tout en fournissant à celles et ceux qui s’y connaissent mieux de nombreux repères historiques et bibliographiques supplémentaires. Selon Boudreau, c’est le sociolinguiste William Labov qui aurait été le premier à se servir de l’expression. Dans son ouvrage intitulé Sociolinguistique (1976, traduit de l’original publié en 1972), il constate l’existence de ce trouble chez des petits bourgeois qui dévalorisent leur parole devant celle de la classe dominante jugée meilleure ou prestigieuse. Si alors la « notion d’insécurité linguistique […] s’est popularisée depuis quelques années » (p. 8), il reste qu’on y réfléchit et qu’on la théorise depuis longtemps. Comme nous le montre Boudreau, c’est aux oeuvres de chercheurs et de chercheuses faisant valoir que « la langue est non seulement un instrument de communication, mais aussi un instrument de pouvoir surtout exercé par la classe dominante » (p. 30) qu’on empruntera les outils indispensables à son analyse. Parmi ces chercheurs et chercheuses, il faut noter Pierre Bourdieu, qui décrit le fonctionnement de « marchés linguistiques », l’un « officiel », où domine la langue « légitime » et qui donne à ceux et celles qui la parlent un pouvoir sur ceux et celles qui ne la parlent pas ; l’autre « franc », « où circulent les variétés de langue moins légitimes » (p. 17) et où se jouent les questions liées à l’identité et à l’appartenance au groupe. Notons aussi Robert Lafont, qui, à …

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