Conservée à la Division de la gestion des documents administratifs et des archives de l’Université Laval, la collection Joseph-Édouard Perrault constitue un trésor patrimonial méconnu dont la promotion a été, jusqu’à présent, essentiellement assurée à l’interne par la diligence et la passion du personnel de la Bibliothèque de l’Université Laval. Ensemble hétéroclite de lettres manuscrites, d’autographes, de portraits, etc., le fonds témoigne d’une pratique insolite et peu documentée, soit la constitution au Québec de collections privées de documents précieux. Par défaut d’informations plus substantielles sur le sujet, les notes suivantes reposent essentiellement sur une pratique de consultation et sur quelques brèves notices bio-bibliographiques dédiées aux Perrault. Le nom comme l’histoire du fonds sont associés à Joseph-Édouard Perrault (1874-1948), avocat de formation, député d’Arthabaska (1910-1921), ministre de la Colonisation, des mines et des pêcheries sous le gouvernement de Lomer Gouin, puis ministre de la Voirie sous le gouvernement Taschereau. Joseph-Édouard Perrault abandonne la politique en 1936, mais demeure très actif au sein de diverses sphères d’influence civiles et privées. Il exerce notamment des mandats de procureur général, de membre ou de président de conseils d’administration de plusieurs entreprises et d’organismes humanitaires tels que la Société canadienne de la Croix-Rouge. Cette activité remarquable dans les affaires civiles provinciales, nationales et internationales lui vaut, entre autres, d’être nommé membre de l’Ordre de la couronne de Belgique (1926) et Chevalier de la Légion d’honneur de France (1928). L’Université Laval lui décerne par ailleurs un doctorat honoris causa en droit en 1925. La biographie de Madeleine Richard, à mon avis « collectionneuse en chef » du couple, est moins documentée et souvent effacée par la présence politique de Joseph-Édouard Perrault qu’elle épouse en 1908. Originaire de Winnipeg, où elle est née en 1887, Madeleine Richard est issue d’une famille étroitement liée à la politique, au droit et aux lettres québécoises, d’où peut-être cet attrait pour la culture et les affaires civiles qui s’exprime tout au long de sa vie. Mentionnons au passage qu’Adjutor Rivard, avocat, juge et premier linguiste québécois, est l’un de ses oncles. La vie privée de Madeleine Richard est marquée par le décès de deux enfants morts prématurément de maladie et elle survit pendant plus de vingt-cinq ans à son époux, jusqu’à son décès en avril 1975. Ces tragédies personnelles expliquent peut-être sa trajectoire publique à une époque où les femmes étaient encore grandement absorbées par la gestion de l’espace privé. Les bribes d’informations biographiques recueillies, aussi lacunaires et imprécises soient-elles, tracent le portrait d’une femme du monde cultivée, très active, impliquée dans des réseaux amicaux, humanitaires ou professionnels au Québec comme à l’étranger. Tout au long de sa vie, Madeleine Richard partage en effet son temps entre le Canada et l’Europe où elle se rend régulièrement. La remarque n’est pas anodine si l’on considère que la certification des pièces de la collection repose généralement sur des attestations d’authenticité produites par un bureau d’experts parisien. Sur ses activités européennes, peu de renseignements à l’exception d’études suivies lors de sa jeunesse et de voyages, désormais, annuels après le décès de son époux. Les destinations ne sont pas plus évoquées que le réseau amical ou lettré, mais la mention de ces périples ainsi que la passion développée simultanément pour les éditions de luxe, les autographes et les Bonaparte invitent à considérer Madeleine Richard comme l’esprit à l’origine de la collection du Fonds Perrault et non pas simplement comme une grande dame « aux yeux bleus » et à la beauté marquée « d’une infinie tristesse et [d’une] grande mélancolie ». Au Québec, tout aussi active que son époux, Madeleine Richard s’implique dans de nombreuses …
Appendices
Références
- Assemblée nationale du Québec, rubrique « Joseph-Édouard Perreault » [en ligne], Assemblée nationale du Québec [https://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/perrault-joseph-edouard-4841/biographie.html]),
- Bergeron, Alain, Visages du siècle, Victoriaville, Imprimerie Transcontinental Inc., 1999.
- Drouot et al., Catalogue de livres anciens et modernes en tous genres, Paris, Imprimerie J. Dumoulin, 1939 [en ligne], Institut national de l’histoire de l’art [https://bibliotheque-numerique.inha.fr/idurl/1/31095].
- Gouvernement du Québec, Répertoire du patrimoine culturel du Québec [en ligne], Répertoire du patrimoine culturel du Québec [https://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/detail.do?methode=consulter&id=93284&type=bien].
- Livernois, Jonathan : Entre deux feux : parlementarisme et lettres au Québec (1763-1936), Montréal, Éditions du Boréal, 2021.
- Réseau de diffusion des archives du Québec (RDAQ), rubrique « Collection Joseph-Édouard Perreault » [en ligne], RDAQ [https://rdaq.banq.qc.ca/recherches/index.html].
- Rivard, Adjutor, De la liberté de la presse, Québec, Librairie Garneau éditeurs, 1923.
- Rivard, Adjutor L’Art de dire : traité de lecture et de récitation, Québec, H. Chassé, 1898.
- Rivard, Adjutor Manuel de la parole : traité de prononciation, Québec, J. P. Garneau, 1901.
- Rivard, Adjutor Études sur les parler de France au Canada, Québec, J. P. Garneau, 1914.
- Université de Montréal, rubrique « Nos collections spéciales » [en ligne], Université de Montréal [https://bib.umontreal.ca/a-propos/nos-collections/nos-collections-speciales/].
