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ÉditorialEditorial

Hommage à Bernard Saladin d’Anglure et aux Études inuit[Record]

  • Caroline Hervé

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  • Caroline Hervé
    Département d’anthropologie, Université Laval et Directrice de la revue Études Inuit Studies
    caroline.herve@ant.ulaval.ca

La revue Études Inuit Studies se trouve à un point tournant de son existence. Approchant d’un anniversaire significatif – elle aura 50 ans en 2027 – elle continue à publier des articles scientifiques, des notes de recherches et d’autres manuscrits dans un contexte de recherche connaissant un changement de paradigme majeur. La présence de plus en plus importante des Inuit dans le milieu académique, leurs critiques du mode de production des connaissances scientifiques et leur intérêt pour la production de nouvelles connaissances au sujet de leur propre société nécessite de repenser les façons de produire la recherche et les liens entre chercheurs et communautés, Inuit et non-Inuit. Dans ce contexte, la disparition de Bernard Saladin d’Anglure, l’un des fondateurs de la revue Études Inuit Studies, nous pousse à nous interroger sur les origines du réseau international des Études inuit et de ses possibles futurs. Sa disparition, le 13 février 2025, à Toulouse, en France, laisse un grand vide pour tous ses proches, sa famille, ses amis et ses collaborateurs. Mais elle révèle aussi autre chose : l’ampleur de son legs sur le plan académique. Bernard Saladin d’Anglure, avec Louis-Jacques Dorais, est le père du réseau international des Études inuit. Au cours des années 1960, il rassembla autour de lui des étudiants et des collaborateurs, Inuit et non-Inuit, qui entreprirent des recherches dans l’Arctique canadien, tout particulièrement au Nunavik. Ce petit groupe, principalement rattaché à l’Université Laval (Québec), constitua le noyau de l’association Inuksiutiit Katimajiit, créée en 1974, qui se donna pour mission à la fois d’entreprendre des recherches scientifiques sur la langue, la culture et les sociétés inuit, mais également de diffuser les connaissances produites au bénéfice de la communauté universitaire et des Inuit eux-mêmes. La production de la recherche était évidemment à la base de la mission de l’association, mais l’importance fut donnée dès le départ à la participation active des Inuit dans la production de ces données et à la diffusion de ces données auprès des Inuit, dans le but de « renforcer leur identité et d’appuyer leurs revendications économiques et territoriales ». La recherche participative, la co-construction des données et la diffusion des connaissances étaient ainsi, dès les années 1970, des pratiques ancrées dans les Études inuit. L’association Inuksiutiit Katimajiit organisa un certain nombre d’activités au cours des décennies suivantes, conduisant à la structuration progressive d’un réseau international de chercheurs s’intéressant aux sociétés inuit. Le premier numéro de la revue Études Inuit Studies fut publié en 1977 et la revue continua la publication de numéros contenant des articles en français, en anglais et en inuktitut depuis ce temps. Dès ses débuts, la revue avait à l’esprit « le souci de l’intérêt des Inuit eux-mêmes en mettant à leur disposition des matériaux qu’ils pourront utiliser en fonction de leurs propres préoccupations ». Ainsi, l’article que Bernard Saladin d’Anglure proposa pour le premier numéro de la revue intégrait une transcription en inuktitut des réminiscences intra-utérines d’Iqallijuq, une Aînée d’Igloolik, ainsi que plusieurs dessins de Leah Idlauq d’Argencourt. Le premier Congrès des Études inuit fut, quant à lui, organisé à Québec en 1978 et réunit une soixantaine de participants provenant de plusieurs universités nord-américaines, des représentants d’organisations gouvernementales et inuit. Depuis, 22 congrès furent tenus principalement au Canada, mais aussi aux États-Unis, au Kalaallit Nunaat et en Europe. La nature même de ces congrès se transforma avec les décennies, passant de regroupements d’universitaires surtout nord-américains intéressés par les Études inuit dans les années 1980 à des rencontres scientifiques internationales dans les années 1990 et 2000, incluant de plus en plus d’Inuit qui s’approprièrent ces espaces d’échanges. Le dernier congrès …

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