Abstracts
Résumé
Henry Bataille, dont le nom est tombé dans l’oubli, a connu un succès incontestable sur les scènes parisiennes au tournant du xxe siècle. Son oeuvre abondante est aujourd’hui rangée parmi les pièces de Boulevard ; elle annonce pourtant l’avènement du drame moderne et contemporain. L’analyse de deux de ses chefs-d’oeuvre, Maman Colibri (1904) et La femme nue (1908), permet de constater que quelques-uns de leurs procédés mettent en question la forme canonique du drame, dont la charpente classique est brisée par l’intrusion d’éléments épiques qui se manifestent dans les récits des personnages. Le dramaturge déplace ainsi l’action dramatique vers l’étude des âmes souffrantes. Des séquences narratives récurrentes changent le statut du personnage qui, dépourvu d’attributs actifs et de traits immobiles, semble surplomber l’action afin de se focaliser sur ses réflexions souvent de nature ontologique. L’étude de ces deux oeuvres met en valeur l’évolution du personnage agissant qui tend à s’effacer derrière le personnage récitant, témoin de la fragilité de son existence.
Abstract
Henry Bataille, whose name has fallen into oblivion, enjoyed undeniable success on Parisian stages at the turn of the 20th century. His abundant body of work is now classified among Boulevard plays; yet, it foreshadows the emergence of modern and contemporary drama. The analysis of two of his masterpieces, Maman Colibri (1904) and La femme nue (1908), reveals that some of their techniques challenge the canonical form of drama, whose classical structure is disrupted by the intrusion of epic elements that manifest in the characters’ narratives. The playwright thus shifts the dramatic action toward a study of suffering souls. Recurring narrative sequences alter the status of the character, who, stripped of active attributes and fixed traits, seems to transcend the action in order to focus on introspective reflections, often of an ontological nature. The study of these two works highlights the evolution of the acting character, who tends to fade behind the reciting character, a witness to the fragility of their existence.
