Abstracts
Résumé
L’espace réflexif qu’ouvre pour Annie Ernaux, depuis 1982, son journal d’écriture, s’apparente selon elle à un « lieu noir » dans lequel il lui arrive d’éprouver la sensation de tourner en rond. Si cet « atelier sans lumière » prend le risque d’exposer aux regards la « peine » qui en motive les ressassements, il détermine implicitement ce que cet article nomme « une topique de l’écriture », dont les implications débordent l’oeuvre ernausienne pour concerner toutes celles et tous ceux qui, écrivant, cherchent à être conscients de leurs gestes et ménagent des espaces qui ne sont autres que l’atelier de l’écriture. L’étude se propose de lire L’atelier noir (2011) non dans la perspective de l’oeuvre publiée, dans la dépendance rétrospective de ce qui, finalement, aura pris forme, mais per se : dans l’idée que s’éprouve là une dynamique prospective indépendante où se dit au plus près le geste poïétique. Ainsi, dans une perspective simultanément poïétique et générative, l’analyse fait le pari que l’« atelier noir » d’Ernaux modélise l’atelier de l’écrivain en général, mais aussi, par le souci constant du journal « d’expliquer la quête » et « les outils de la recherche », d’exposer la « méthode », propose des repères à qui engage une démarche de recherche-création en littérature.
Abstract
Since 1982, Annie Ernaux’s writing journal has opened a reflexive space she likens to a “dark place,” in which she sometimes feels as though she is going in circles. Although this “lightless workshop” runs the risk of exposing to view the “pain” that motivates its repetitions, it implicitly defines what this article calls a “topology of writing”—whose implications extend beyond Ernaux’s work to concern all those who, in writing, seek to become conscious of their gestures and create spaces that are none other than the writer’s workshop. This study proposes to read L’atelier noir (2011) not in light of the published work, through the retrospective lens of what ultimately took form, but per se: in the belief that it reveals an independent, prospective dynamic in which the poïetic gesture is expressed with the greatest proximity. Thus, from a perspective that is simultaneously poïetic and generative, this analysis contends that Ernaux’s “atelier noir” models the writer’s workshop more broadly, and that—through the journal’s persistent effort to “explain the quest” and to lay out the “tools of research,” to expose the “method”—it offers points of reference for anyone engaged in a research-creation approach to literature.
