Some features and content are currently unavailable today due to maintenance at our service provider. Status updates

Articles

« Passages » de Van Gennep à nos jours“Passages” from Van Gennep to the Present Day[Record]

  • Maria Mateoniu

…more information

Polysémique et paradoxale, la notion de « passage » nous semble encore essentielle pour la compréhension des transformations sans précédent (déracinement, migration et sécularisation) qui ont lieu dans les mondes contemporains. Provenant du latin passus, le mot « passage » désigne un déplacement, un processus de transformation en train de se faire, qui n’est pas terminé. Il désigne également « le lieu où s’effectue ce processus, sa trace ou son support que ce soit au sens morphologique ou bien métaphorique » (La Soudière 2000 : 5). La notion de « passage » désigne la métamorphose qui précède le changement, le désordre suivi de l’ordre, un état de « l’entre-deux », entre ordre et désordre. Apparenté au deuil, le sens du passage n’est pas réductible à la perte, parce que la mort qu’il implique est symbolique et nécessaire au renouvellement de la vie. Puisqu’il est processus, tout passage est, successivement et à la fois, un avant et un après, un ici et un là-bas, séparation mais adhésion, perte mais gain, désidentification mais identification. Le chercheur pourra donc mettre l’accent sur ce (ceux) qu’un passage relie, ou au contraire sépare ; sur ce qu’il fait quitter, perdre (sur le deuil), ou au contraire sur ce que l’on (y) gagne (un plus, l’accession à un nouvel état, à un nouveau statut) (La Soudière 2000 : 8). Le « passage » implique un acte de réflexion sur l’ordre actuel ; il implique de s’opposer à lui, de le contester ou de l’obliger à se renouveler. L’acte de passer s’associe donc à la pensée et à la prise de conscience. Si l’identité fige le fait de penser, elle rend hommage à un ordre. Penser, au contraire, « c’est passer, c’est interroger cet ordre, s’étonner qu’il soit là » (Certeau 1987 ; voir aussi La Soudière 2000 : 11). Le père de ce concept est sans doute Arnold Van Gennep. C’est à lui qu’on doit la « consubstantialité » du rite et du passage. On connaît bien aujourd’hui les trois phases qui décomposent chaque passage : un avant (période de séparation, de deuil), un pendant (période de limes, en latin, « marge », « limite ») et un après (période d’agrégation, de recomposition après le franchissement de la limite). Quant à Victor Turner, il perçoit la limite comme une marge qui s’épaissit et se dilate dans le temps, une phase liminaire signifiant une période de transition et de mort simulée comme dans les rites africains d’initiation. La limite est la communitas où les gens vivent hors statut et en communion (Turner 1990 : 96). Pierre Bourdieu reprend la théorie de Van Gennep pour mieux l’expliquer à partir d’une vision unique du monde. Depuis l’antiquité jusqu’aujourd’hui et en passant par la mystique chrétienne et les philosophies orientales, constate Bourdieu, l’univers a été conceptualisé comme reposant sur le principe de l’existence de deux catégories de choses opposées. Le jour suit la nuit tout comme la saison sèche suit la saison humide, la lumière suit l’obscurité… L’instauration de l’ordre, de la culture, suppose l’acte de tracer une limite, une séparation et une distinction. Si la limite met en évidence la distinction, la différence des choses, les rites de passage doivent résoudre le franchissement et rendre licite l’unité des entités opposées (Bourdieu 1980 : 374). Si on reproche aujourd’hui quelque chose à ces théories des rites de passage, c’est leur faible relation avec un support empirique et matériel, voire l’absence totale de celui-ci. Dès le début de son ouvrage, Van Gennep attribue aux rites de passage une origine spatiale, topologique, mais qui sera presque aussitôt abandonnée, les lieux …

Appendices