Les numéros hors thème permettent d’explorer une pluralité de sujets, de même que diverses manières de les aborder. Une trame de fond commune se dégage néanmoins de l’ensemble des textes réunis dans ce numéro : l’urgence et la nécessité de rendre visibles les personnes exclues ou marginalisées en raison d’identités, de caractéristiques, de styles de vie ou de comportements qui ne correspondent pas aux normes dominantes. C’est notamment le cas des femmes dans un monde largement gouverné par les hommes et conçu pour eux, et ce, dans de nombreuses sphères d’activité, y compris le milieu universitaire et de la recherche. C’est également le cas des personnes qui tentent d’accéder à des services en dépendance, mais dont les profils cliniques complexes ou la réalité intersectionnelle constituent des barrières à l’obtention de soins adéquats et véritablement holistiques. De la même manière, ce numéro s’attarde au fait qu’il est devenu essentiel, voire incontournable, d’intégrer les personnes concernées à toutes les étapes de la recherche, de sa conception à sa diffusion ; elles ne doivent plus être envisagées uniquement comme consultantes ou participantes, et encore moins comme de simples faire-valoir. Dans cette logique, il allait de soi que l’illustration de la page couverture de ce numéro soit l’oeuvre d’une artiste ayant participé à l’événement Exprimer l’invisible : l’art de prendre la parole, tenu le 25 septembre dernier à Montréal. Cette journée de conférences, d’échanges et d’exposition d’oeuvres artistiques était organisée par des personnes détenant un savoir expérientiel en matière de dépendance, de santé mentale, d’itinérance, de judiciarisation ou de travail du sexe. Pour amorcer le numéro, un éditorial signé par quatre professeures québécoises, Adèle Morvannou, Eva Monson, Annie-Claude Savard et Andrée-Année Légaré, nous sensibilise à l’urgence d’agir afin que les communautés scientifiques puissent collectivement inverser la tendance dominante de la sous-représentation des femmes, en particulier lors des conférences sur les jeux de hasard et d’argent. En plus d’exposer les chiffres qui démontrent ce déséquilibre, elles proposent des recommandations visant à faire évoluer les pratiques. Ces pistes d’action ne corrigent pas uniquement une injustice, mais contribueraient également à améliorer la qualité de la science produite. Bien que cet éditorial porte principalement sur la réalité des recherches dans le domaine des jeux de hasard et d’argent, les propos de ces quatre autrices sauront aussi résonner dans de nombreux autres champs d’études scientifiques. Toujours sur l’importance de faire entendre la voix des femmes, l’article de Sarah El Guendi nous amène ensuite à considérer l’expérience des femmes utilisatrices de substances dans leur recherche d’aide et de services en Belgique. La criminologue souligne comment les différences genrées, tant sur le plan de la consommation que des services associés, sont souvent reléguées en second plan. Or, le genre n’est pas uniquement une donnée statistique, mais représente tout un univers de représentations et d’expériences sociales. À travers l’analyse qualitative d’entrevues réalisées auprès de 15 femmes, El Guendi met en relief les perspectives polyphoniques des femmes et les différents rapports d’inégalités qui traversent l’usage des drogues. Ce faisant, elle démontre entre autres comment la représentation sociale de la femme comme mère devient un enjeu lors d’une demande d’aide. Être mère et consommer constitue alors en effet une source de jugement et de stigmatisation accrue que les femmes vivent de manière disproportionnée par rapport aux hommes. Dans un autre registre, le texte de Marianne Bouvrette, Julie Loslier et David-Martin Milot présente un portrait exhaustif des décès par surdose accidentelle en Montérégie, région située sur la Rive-Sud de Montréal, au Québec, de 2018 à 2022. À partir des rapports du Bureau du coroner, les 222 cas de surdose étudiés mettent en relief …
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Christophe Huỳnh
Éditeur délégué
