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Introduction

Introduction au numéro spécial sur la coconstruction de savoirs[Record]

  • Serigne Touba Mbacké Gueye

La question de la coconstruction des savoirs, parfois désignée sous les appellations de recherche conjointe, partenariale, participative ou encore de croisement des savoirs, occupe aujourd’hui une place centrale dans les débats scientifiques et professionnels en travail social. Dans un contexte marqué par la complexification des enjeux sociaux, l’accroissement des inégalités et la pluralité des expériences vécues, il apparaît de plus en plus insuffisant de produire des connaissances uniquement à partir du regard académique ou institutionnel. Les praticiens, les communautés et les personnes directement concernées détiennent également des savoirs situés, expérientiels et relationnels, qui constituent des ressources précieuses pour comprendre et transformer la réalité sociale. Toutefois, la mise au travail collectif de ces différents registres de savoirs ne va pas de soi. Comme le rappelle l’appel à contributions de ce numéro spécial, l’accès au savoir d’autrui ne se réduit ni à une écoute passive ni à une simple juxtaposition de points de vue. Il requiert du temps, de l’ouverture, des méthodes adaptées, et souvent un processus d’acculturation réciproque permettant de construire une intercompréhension partagée. Les tensions qui traversent ces démarches — asymétries de pouvoir, temporalités divergentes, contraintes organisationnelles ou encore difficultés à anticiper les résultats — montrent à quel point la coconstruction de savoirs est à la fois un idéal, une pratique et un chantier en constante évolution. C’est précisément pour alimenter cette réflexion que la Revue canadienne de service social consacre le présent numéro spécial à la coconstruction de savoirs. Les contributions réunies ici mettent en lumière, chacune à leur manière, la richesse et la complexité de ces démarches. Elles illustrent des contextes variés, allant de la formation universitaire à l’intervention interculturelle et à la recherche communautaire féministe, tout en posant des questions fondamentales sur les modalités, les retombées et les défis de la coconstruction de savoirs. Le premier article, issu d’une recherche-action participative menée dans le cadre d’un programme pilote virtuel novateur, explore l’expérience d’étudiants en travail social engagés dans la création collective d’un stage inédit. En s’appuyant sur une approche intégrée de transfert de connaissances, cette initiative a permis aux étudiants de co-construire non seulement leurs apprentissages, mais aussi les contours même du programme, en développant des compétences réflexives, collaboratives et communautaires. Ce texte met en évidence la manière dont un dispositif de formation peut devenir un véritable espace de communauté d’apprentissage, favorisant la reconnaissance des étudiants comme producteurs de savoirs à part entière. Le deuxième article nous transporte au coeur du réseau de la santé et des services sociaux, à travers l’expérience de l’équipe des intervenants pivots en interculturel (IPI) mise en place au CIUSSS de la Capitale-Nationale. En documentant la création et le fonctionnement de cette équipe, les auteurs montrent comment la coconstruction de savoirs peut s’incarner dans des dispositifs organisationnels visant à améliorer les pratiques interculturelles. Les résultats soulignent l’apport de cette démarche pour le développement de la compétence culturelle des intervenants, tout en mettant en évidence l’importance d’un soutien clinique structuré et de processus de réflexion partagée pour surmonter les obstacles à l’accès et à la qualité des soins pour les populations immigrantes. Enfin, le troisième article adopte une perspective féministe intersectionnelle pour analyser un projet de co-création de connaissances avec des femmes et des personnes de genre divers en situation d’itinérance à Hamilton, en Ontario. En mobilisant une approche artistique et collaborative — la production collective d’un zine — l’équipe de recherche, composée de chercheurs universitaires, de prestataires de services et de partenaires communautaires, a pu faire émerger des savoirs ancrés dans l’expérience vécue de la rue et de l’insécurité. L’analyse met en lumière les obstacles éthiques et méthodologiques propres à ces …

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