Abstracts
Résumé
Depuis plus de 30 ans, les traces ADN contribuent significativement aux investigations criminelles, grâce notamment à la mise en place de banques de données génétiques. Si leur utilité est amplement reconnue, certains aspects – comme la durée de conservation du profil des individus – continuent à alimenter les débats, de par les implications en matière d’atteinte au droit de la personne. En Suisse, la durée de rétention dépend de l’issue de la procédure judiciaire, ce qui complexifie la procédure d’effacement. La définition d’un délai d’effacement automatique constituerait donc une solution intéressante pour simplifier la procédure, tout en garantissant l’efficacité de la trace ADN et le droit à l’oubli. Cette étude vise donc à déterminer s’il est possible de supprimer le profil ADN d’un individu de la banque de données sans que cela nuise à l’élucidation d’enquêtes futures et, le cas échéant, de proposer un délai d’effacement automatique le plus opportun. À la suite des résultats de l’étude de Girardet (2014) sur l’application des délais d’effacement en Suisse, trois échéances – 5, 8 et 10 ans – ont été retenues dans la présente étude. Issu de la banque de données ADN suisse, l’échantillon utilisé comprenait les données sur les prélèvements ADN réalisés (N = 106 346) et sur les traces biologiques identifiées (N = 16 516) entre 2005 et 2014 dans quatre cantons suisses. Les résultats obtenus montrent que l’effacement des profils n’affecte pas l’identification des traces. En effet, 80 % des identifications surviennent dans l’année qui suit l’enregistrement du profil génétique du prévenu, le solde étant identifié dans un délai de 10 ans au plus. Quant aux infractions dont les traces ont été identifiées au-delà d’un délai de 5 ans (N = 313), ou de 8 ans (N = 36), il apparaît que la grande majorité de ces affaires ont trait à des infractions contre le patrimoine, même si on relève également quelques cas d’atteinte à la personne. Ainsi, en se fondant sur le jeu de données mises à disposition, les résultats de cette étude montrent qu’un délai automatique de 10 ans assurerait à satisfaction l’efficacité de l’exploitation de la banque de données, tout en respectant la proportionnalité de la pratique.
Mots-clés :
- ADN,
- banque de données,
- délai d’effacement,
- efficacité,
- droit à l’oubli
Abstract
DNA traces have made a significant contribution to criminal investigations for over 30 years, especially after the creation of DNA databases. Although the effectiveness of these databases is widely recognized, some issues – such as the retention period for DNA profiles – are still widely discussed because of the potential threat they pose to people’s fundamental rights and freedoms. In Switzerland, the length DNA is retained is determined through legal proceedings, which makes any decision to delete more complicated. Defining a time after which deletion would be automatic would simplify the removal procedure while both recognizing the usefulness of DNA in investigations and guaranteeing that it will not be retained indefinitely. This study looks at whether it is possible to delete a DNA profile from the database without affecting future investigations and proposes the most suitable delay before automatic deletion. Following the results of the study of Girardet (2014), delays of 5, 8, and 10 years were considered. Our sample, based on data in Switzerland’s national DNA database collected between 2005 and 2014 in four Swiss cantons, consisted of information on DNA samples from arrestees (N = 106 346) as well as identified biological traces (N = 16 516). Results show that removal of DNA profiles does not affect identification of the traces. In fact, 80 % of identifications occur in the year following the entry of an arrestee’s DNA profile, while the 20 % remaining are identified in a maximum of 10 years. In cases where identification of the traces required longer than 5 years (N = 313) or 8 years (N = 36), the offenses were almost all property crimes, although a few violent crimes were also observed. Based on the data available, automatic deletion after 10 years would ensure the efficiency of DNA database while respecting the proportionality of measure.
Keywords:
- DNA,
- database,
- deletion delay,
- efficiency,
- right to be forgotten
Resumen
Desde hace más de 30 años, los rastros de ADN contribuyen significativamente a las investigaciones criminales, gracias, sobre todo, al establecimiento de bases de datos genéticas. Si bien su utilidad es ampliamente reconocida, algunos aspectos, como la duración de la conservación del perfil de los individuos, continúan alimentando los debates por las implicaciones en materia de derechos humanos. En Suiza, la duración de la retención depende del resultado del proceso judicial, lo que hace complejo el procedimiento de supresión. La definición de un retraso de supresión automático constituiría entonces una opción interesante para simplificar el procedimiento, garantizando la eficacidad del rastro de ADN y el derecho al olvido. Este estudio identifica si es posible suprimir un perfil de ADN de la base de datos sin que esto perjudique la elucidación de futuras encuestas y, en su caso, proponer un tiempo lo más oportuno posible de supresión automática. Siguiendo los resultados de un estudio (Girardet, 2014), tres plazos, de 5, 8 y 10 años, fueron considerados en el estudio. Proveniente de la base de datos suiza, la muestra utilizada incluía los datos sobre las muestras de ADN (N = 106 346) et sobre los rastros identificados (N = 16 516) entre el 2005 et el 2014 en cuatro cantones suizos. Los resultados obtenidos muestran que la supresión de los perfiles no afecta a la identificación de los rastros. En efecto, el 80 % de las identificaciones ocurren en el año siguiente al registro del perfil genético del acusado, el saldo estando identificado en un tiempo de 10 años o más. En cuanto a las infracciones cuyos rastros fueron identificados en un tiempo de más de 5 años (N = 313), o de 8 años (N = 36), parece que la gran mayoría de estos asuntos tienen que ver con infracciones contra el patrimonio, incluso si uno nota igualmente algunos casos de daño a la persona. Así, fundándose en el juego de datos disponible, los resultados de este estudio muestran que un tiempo automático de 10 años aseguraría satisfactoriamente la eficacidad de la explotación de una base de datos, respetando la proporcionalidad de la práctica.
Palabras clave:
- ADN,
- base de datos,
- tiempo de supresión,
- eficacidad,
- derecho al olvido
Appendices
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