Au cours des 30 dernières années, les changements climatiques sont devenus un problème international majeur, mettant en évidence un système de gouvernance complexe dans lequel les États, de manière isolée ou en groupe, agissent de manière rationnelle. Les pays africains font de ce fait partie d’un ordre de gouvernance climatique internationale qui intègre les préoccupations en lien avec l’économie, les ressources naturelles et le développement, dans lequel il faut prendre position et protéger ses intérêts. Ce cadre révèle une double posture africaine, caractérisée par une rigidité liée aux contraintes qui découlent de la gouvernance climatique globale et par une flexibilité qui s’impose progressivement à elle, au gré des rapports de force et des opportunités qui se présentent. Cette dynamique de positionnement montre d’abord une logique d’extraction des efforts d’atténuation par les pays africains, ceux-ci estimant que les pays du Nord devraient à eux seuls porter le fardeau de la réduction des taux d’émission. Ensuite, elle montre une acceptation relative des efforts consacrés par les contributions déterminées au niveau national, qui rééquilibrent les responsabilités étatiques en matière d’atténuation. Cette évolution rend compte de la prise de conscience des enjeux dans les arènes climatiques et de la contre-productivité que l’opposition Nord-Sud fait courir aux pays africains vulnérables. Cet ajustement stratégique de l’Afrique, prise dans son unicité institutionnelle, vers le consensus et l’exploitation des opportunités offertes par ce cadre coopératif sur le climat, traduit sa volonté d’être en phase avec les exigences climatiques et sa vision du développement. Depuis l’avènement de la gouvernance climatique internationale, les pays africains se déploient dans un cadre coopératif complexe (Keohanne et Victor, 2010). Ils sont présents dans ces grandes discussions onusiennes, conscients des enjeux qui les caractérisent. Ils ont toujours su qu’au-delà des seules préoccupations écologiques, les questions du développement, de l’énergie, de l’aide et du financement sont en réalité greffées aux premières (Noa et Ngono, 2022). Les négociations sur le climat représentent donc, pour ce continent, un cadre de prise de position, mais aussi un moyen d’avoir voix au chapitre en matière de gouvernance climatique et de développement. En effet, les pays africains étant distancés sur le plan économique, et les questions climatiques tendant à remettre en question leurs prétentions en matière de développement, les arènes onusiennes ont tôt fait d’acquérir un intérêt certain pour ce continent. La gouvernance climatique internationale aura été marquée par la transposition des craintes intra-africaines dans le cadre coopératif global naissant. Cette transposition a renforcé l’attachement du continent africain à son entendement du principe de « responsabilité commune, mais différenciée ». Pendant environ deux décennies de négociations, l’Afrique, dans sa globalité, a défendu ce principe qui la dégageait des efforts en faveur du climat susceptibles de remettre en cause sa trajectoire de développement. Mobiliser le principe de « responsabilité commune, mais différenciée » devait aboutir à une gouvernance équitable quant aux responsabilités particulières dans le volume d’émission de gaz à effet de serre (GES). Pour les pays africains, il fallait instaurer une asymétrie de traitement entre pays en raison de la différence de responsabilité et du niveau de développement, ceci en lien avec les réalités économiques, politiques et socioculturelles hétérogènes des parties. Ce cadre coopératif complexe ne pouvait donc s’extraire d’une dualité de traitement entre un Nord tenu responsable de la crise climatique et un Sud global « attentiste » (Aykut et Dahan, 2015). Cette posture rigide de l’Afrique, portée par le Groupe de négociateurs africains (AGN), a été l’une des causes de l’achoppement des négociations de la COP15 (Aykut et Dahan, 2015). Bien avant celle-ci, cette posture a été discutée par des acteurs comme le Groupe Parapluie, exaspérés par cette …
Appendices
Bibliographie
- Aykut, S. C. et Dahan, A. (2015). La nouvelle géopolitique du climat. Dans : Gouverner le climat? Vingt ans de négociations internationales. Paris : Presses de Sciences Po, p. 267-324.
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- Fonteneau, L. (2016). Les principes relatifs aux responsabilités dans les négociations climatiques sous l’angle analytique des théories de la négociation. Du Sommet de Rio à l’Accord de Paris : étude de l’évolution des principes CBDR et CBDR-RC, Lille : s.n.
- Keohanne, R. O. et Victor, D. G. (2010). The regime complex for climate change. Perspective on politics, 9(1), p. 1-28.
- Mekouar, M. A. (2017). L’Afrique à l’épreuve de l’Accord de Paris : ambitions et défis. Revue juridique de l’environnement, Hors-série (numéro spécial), p. 59-71.
- Noa, M. G. N. (2021). L'idée d'une architecture panafricaine de sécurité environnementale : sociogenèse et géoéconomie d'un dispositif aux enjeux protéiformes. Université Panafricaine.
- Noa, M. G. N. et Ngono, L. N. (2022). L’Afrique dans les négociations internationales sur le climat : de la défiance à l’implication croissante du continent dans le processus dialogique. Études internationales, 53(3), p. 379–404.
- Pouliot, V. (2007). Sobjectivism: Toward a constructivist methodology. International Studies Quaterly, p. 359-384.
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- Union africaine (2022). African Union Climate Change and Resilient Development Strategy and Action Plan (2022–2032), Addis Abeba: African Union Commission.

