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DossierSensorialités : diversité capacitaire et cinéma

Présentation[Record]

  • Maxime Michaud and
  • Justine Dorval

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  • Maxime Michaud Université du Québec à Montréal (Canada)

  • Justine Dorval Université du Québec à Montréal (Canada)

Le cinéma est sensations ; vive le cinéma ! Percevoir ne se réduit ni à voir, ni à sentir, ni à recevoir passivement les influx sensoriels du monde ou du film : il s’agit d’un acte complexe, profondément subjectif et essentiellement incarné, qui engage la totalité du corps dans une dynamique relationnelle avec son environnement (Noë 2004, 1-5). Percevoir, c’est se mouvoir, s’orienter, explorer, interpréter : c’est une activité située qui mobilise des capacités sensori-motrices autant que des structures attentionnelles et affectives façonnées par l’histoire individuelle et culturelle du sujet. Le projet d’un dossier consacré aux sensorialités au cinéma se conçoit comme l’esquisse d’un chantier en devenir : une première exploration, appelée à se prolonger au-delà de ces pages, des multiples façons de percevoir au et par le cinéma. En réunissant des contributions qui s’intéressent tant aux oeuvres qu’aux gestes de création qui les animent et aux dispositifs de diffusion qui en façonnent l’expérience, ce dossier trace les contours d’un champ de recherche encore en mouvement. Il s’attache plus particulièrement à explorer des formes de sensorialités dites non normatives, soit celles qui échappent ou résistent aux régimes perceptifs dominants, et qui, par là même, ouvrent la possibilité d’autres partages du sensible. En s’ancrant, entre autres, dans les perspectives crip et anticapacitaires (McRuer 2006 ; Garland-Thomson 2009), il invite à repenser la perception filmique à partir des expériences incarnées de la différence et de la variation. Il ouvre ainsi un espace de réflexion et de partage où se tissent, à travers des approches sensibles et critiques, les prémices d’une pensée élargie de la perception filmique, soit une pensée attentive à ses arrimages corporels, à ses nuances culturelles et à ses devenirs possibles. La perception humaine s’organise en une pluralité de régimes sensoriels s’inscrivant dans un spectre étendu de la sensorialité, entendue non comme donnée universelle du vivant, mais comme modalité singulière d’accès au monde. Cette sensorialité, en tant que « phénomène interactionnel, processuel et co-constitué », se déploie à la croisée des dimensions biologiques, cognitives et socioculturelles de l’expérience (Durt, Fuchs et Tewes 2017, 3). Dans cette perspective, la sensorialité ne désigne pas simplement une capacité à capter des signaux : elle constitue un mode de connaissance, un style de présence (Carbone 2011), un rapport à la réalité structuré par les habitudes perceptives, les contextes d’émergence et les formes de résonance que chaque corps développe dans sa cohabitation avec le monde. Une telle conception invite à reconnaître la multiplicité des corps sensibles, leurs capacités différentielles et leurs écarts perceptifs comme autant de modes légitimes d’habiter le monde, en résonance avec les approches de l’incapacité et de la vulnérabilité comme puissances de perception (Kafer 2013 ; McRuer 2006). C’est aussi pourquoi le fait d’étudier la perception, dans toute sa diversité, revient à interroger les conditions de notre « être-au-monde » à travers le prisme des corps sensibles, pluriels et traversés de différences. Cette approche s’inscrit pleinement dans ce que David Howes (2024, 8-12) désigne par sensorium : un champ sensoriel historiquement et culturellement façonné, où les sens ne sont pas isolés, mais mutuellement modulés, relationnels et situés. Le cinéma, en sa qualité d’art multisensoriel, a le potentiel de mettre en lumière cette pluralité d’expériences perceptives. Il offre également, tel que le décrit Francesco Casetti, une vision épiphanique du monde, en montrant aux spectateur·rice·s des éléments qui ne peuvent être saisis à l’oeil nu, les rapprochant d’une vision plurielle du réel dans lequel le film les immerge (2008, 27-32). En d’autres mots, elle nous permet de voir le monde autrement que ce que nous percevons par nous-mêmes. Au cinéma, la perception est constamment …

Appendices