L’association « géographie » et « éducation » a, pendant longtemps, été principalement centrée sur la didactique. Dans cette perspective, la géographie était étudiée comme un objet d’enseignement. Or, depuis quelques années dans la francophonie, il y a une prise en compte des relations plurielles entre « géographie » et « éducation » qui sont de plus en plus présentes, comme en témoignent les ouvrages récents de Champollion sur la territorialité en éducation (2022) et celui de Labinal (2023) qui s’intéresse aux espaces d’apprentissage. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’ouvrage Géographie de l’éducation. Concepts, enjeux et territoires, annoncé par ses auteurs comme « le premier manuel de géographie de l’éducation en langue française » (quatrième de couverture). Le livre présente, de manière claire et structurée, un état de la question à propos de la place et du rôle de l’éducation dans l’organisation spatiale des sociétés. L’éducation devient désormais un objet d’analyse des géographes. Du fait de sa construction, l’ouvrage est agréable à explorer. Une table des matières détaillée en facilite la consultation. Ensuite, chacun des six chapitres commence avec les objectifs visés et les notions-clés, puis se termine avec une brève synthèse suivie de lectures conseillées et, parfois, d’une étude de cas en complément. Dans les six chapitres, sont également présentées des situations particulières en lien avec les concepts décrits, et de nombreux tableaux, cartes et schémas originaux illustrent les propos de manière tout à fait appropriée. On trouve aussi plusieurs exemples, majoritairement très récents, touchant différents ordres d’enseignement (du primaire à l’enseignement supérieur) et portant sur des territoires variés (France, Canada, États-Unis, Chili, Qatar, Tanzanie, etc.). Sur le contenu comme tel, les auteurs montrent bien comment la géographie de l’éducation est à la confluence de différents enjeux. Dans les deux premiers chapitres, ils exposent une définition très claire de la géographie de l’éducation et en présentent les diverses composantes en insistant sur la terminologie, les paysages, les échelles et les acteurs, de manière à ce que les lecteurs comprennent bien les systèmes éducatifs et leurs dynamiques. Une fois ces bases établies, les chapitres III à VI abordent notamment la mondialisation de l’éducation, les inégalités éducatives, la ségrégation scolaire, la néolibéralisation et la territorialisation de l’éducation. De notre point de vue, c’est dans les chapitres V et VI que le regard sur l’éducation est le plus géographique, car on s’éloigne un peu de la sociologie de l’éducation pour aborder l’école en ses territoires et l’aménagement des territoires éducatifs. Cet ouvrage sera particulièrement intéressant pour ceux et celles qui souhaitent s’initier à la géographie de l’éducation. Toutefois, on peut déplorer que les références soient majoritairement issues du monde francophone alors que les auteurs annoncent d’entrée de jeu que le champ de la géographie de l’éducation est un champ bien identifié de la discipline dans certains pays comme l’Allemagne et le Royaume-Uni. Cependant, il ne s’agit que d’un léger bémol qui ne nuit en rien à la qualité de l’ouvrage et au travail de recherche dont il témoigne.
Appendices
Bibliographie
- CHAMPOLLION, Pierre (2022) La territorialité un concept-clé pour contextualiser l’éducation. Londres, iSTE Éditions
- LABINAL, Guilhem (dir.) (2023) Géographie et pédagogie, penser et inventer les espaces d’apprentissage. Londres, iSTE Éditions
