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Numéro régulierRecensions

Harsha Walia, Frontières et domination : migrations, capitalisme et nationalisme, Montréal, Lux, 2023, 408 p.Fareed Zakaria, Age of Revolutions: Progress and Backlash From 1600 to the Present, New York, WW Norton, 2024, 416 p.[Record]

  • Daniel Landry

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  • Daniel Landry Professeur de sociologie au Collège Laflèche

En cette année 2025, le retour à la Maison-Blanche du président Trump force la réflexion sur de nombreux enjeux de politique internationale. Il s’avère judicieux de donner la parole à des intellectuels critiques de la montée de ce populisme de droite afin de mieux comprendre son émergence et d’en appréhender les conséquences probables. Ce compte rendu présente deux ouvrages poursuivant ces objectifs : d’abord un livre de l’animateur de CNN et spécialiste des relations internationales Fareed Zakaria, qui brosse le portrait des révolutions libérales des derniers siècles, de ses avancées et de ses contrecoups ; ensuite, un livre de la journaliste et militante canadienne Harsha Walia sur le concept de domination eu égard aux frontières planétaires. Les deux livres ont été publiés ces dernières années, soit 2023 pour l’ouvrage de Walia (Lux Éditeur, mais 2021 pour la version originale anglaise chez Fernwood Publishing) et 2024 pour celui de Zakaria (chez WW Norton). Ils présentent tous deux des dérives du système international actuel. Walia utilise la lunette migratoire pour établir la façon dont les droits de la personne sont complètement bafoués, et ce, sous le couvert de discours d’ouverture des États du Nord. Elle met en évidence les dérives racistes de notre temps et illustre à quel point les prétendues avancées en matière de droits de la personne doivent impérativement être remises en perspective. Son livre est composé de quatre sections abordant tour à tour la crise de déplacement des migrants, la criminalisation de la migration, l’internationalisation de la main-d’oeuvre migrante et la montée des nationalismes réactionnaires. De son côté, Zakaria présente l’émergence de systèmes autocratiques, tant aux États-Unis qu’en Russie ou en Chine, comme un contrecoup au progrès permis par le libéralisme dominant l’Occident ces dernières décennies, a fortiori depuis la chute de l’Union soviétique. Il établit sa démonstration en faisant référence aux grandes révolutions depuis le XVIe siècle : Pays-Bas, Angleterre, France, États-Unis. Dans les deux cas, les auteurs nous présentent la montée d’un nationalisme raciste et intolérant comme l’une des problématiques importantes de notre époque. Tous deux s’emploient à faire des démonstrations riches – en quelque sorte un diagnostic – à lumière d’une démarche historienne et journalistique. Là s’arrêtent cependant les ressemblances entre les deux ouvrages, puisque ceux-ci proposent deux regards très distincts de l’idéologie libérale. Aux yeux de Zakaria, notre monde actuel, loin d’être idéal à plusieurs égards, représente tout de même la plus belle époque au cours de laquelle un être humain aurait pu vouloir vivre (tant dans son mode que son espérance de vie). Dans un ouvrage qui se veut d’abord historique, il explique l’amélioration de nos sociétés par les révolutions libérales, celles-ci ayant permis de sécuriser le commerce, de favoriser la liberté d’expression et le respect des droits de la personne, et de faire de la croissance l’idéal à atteindre. Sa démonstration s’appuie sur des exemples et contre-exemples historiques venant confirmer selon lui le fait que les changements de longue durée ne peuvent s’effectuer que par des réformes progressives plutôt que par des tentatives de transformations accélérées de la société (à plus forte raison quand ces tentatives sont imposées par le haut). Chaque fois que de telles avancées se produisent, elles ouvrent également la porte à des ressacs (backlash) conservateurs. Le XXIe siècle illustre la chose, explique-t-il, ayant fait passer la politique d’une division gauche-droite à une division entre d’une part les tenants de l’ouverture, et d’autre part ceux d’une fermeture (Zakaria, p. 4). Si l’auteur se montre parfois critique du libéralisme, notamment en signalant que cette idéologie peut contribuer à créer un « dernier homme » désengagé et désabusé …

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